[Cet article a été initialement publié en 1998 ; il contient des réflexions intemporelles qui restent pertinentes aujourd'hui.]
L'épanouissement personnel et le développement humain figurent parmi les slogans les plus populaires à l'aube du XXIe siècle. Quoi de neuf ? Ne s'agit-il pas là de deux sujets maintes fois débattus par l'humanité à travers l'histoire ? Les problématiques restent les mêmes, certes, mais la nouveauté réside dans l'émergence d'une dimension longtemps refoulée de la dynamique humaine, que l'on pourrait qualifier de principe féminin. Ce principe ne se laisse pas guider par une croyance préconçue en la supériorité ou l'infériorité d'un groupe par rapport à un autre. Il ne vise pas non plus à substituer le machisme au féminisme. Son objectif est de permettre l'épanouissement d'une personnalité pleine et équilibrée, à la fois vigoureuse et sereine, dans une ère de lumière et de puissance.
Le principe féminin est une énergie subtile, restée inexploitée au sein de la psyché masculine et féminine. Il est intrinsèquement lié à notre identité spirituelle et se caractérise par des qualités associées à la douceur humaine : bienveillance, respect, confiance, patience, loyauté, amour, honnêteté, empathie et miséricorde. Lorsqu’il est compris et réalisé, ce principe devient une force si puissante qu’il nous éveille à de nouvelles réalités et nous reconnecte au véritable sens de la vie. Hommes et femmes possèdent ce principe féminin , mais à travers l’histoire, il a souvent été assimilé à l’émotion, à la faiblesse et à la vulnérabilité et, dans le contexte des enjeux sociaux, économiques et politiques, marginalisé et relégué au second plan, puis qualifié de « problèmes de femmes ». Le principe féminin a ainsi été contrôlé et écrasé par la main de fer du pouvoir patriarcal, qui exigeait presque invariablement le sacrifice de l’intuition sur l’autel d’une logique rigide, la suppression de la douceur au profit de la force brute et la soumission des femmes à la domination masculine.
Pour corriger durablement les problèmes engendrés par la répression et le contrôle de ce principe, il est indispensable d'opérer une transformation de la conscience plutôt qu'une inversion des rôles : une transformation qui puise sa source dans la spiritualité et non dans la sexualité. Le principe féminin, ce potentiel subtil inexploité au cœur de notre être, doit désormais être réalisé afin de rétablir l'équilibre entre intellect et intuition, faits et sentiments, raison et réalisme.
À l'aube du nouveau millénaire, au cœur des temps les plus turbulents, le principe féminin est la source claire et fraîche qui peut donner vie aux terres arides de l'humanité ; l'eau sacrée d'où puiser but et sens.
Les leçons viennent avec le recul
Avec le recul, on peut affirmer que le progrès des femmes au XXe siècle a été lent et laborieux, car jusqu'aux années 1960, elles étaient surtout connues pour leurs rôles d'épouses, de mères, de sœurs, d'infirmières et de secrétaires. Lorsque les mouvements de libération des femmes ont revendiqué leurs droits fondamentaux, la communauté internationale a organisé une série de conférences qui ont contribué aux progrès considérables accomplis pour placer les préoccupations des femmes au cœur des priorités mondiales. Pourtant, la plupart des femmes qui ont accédé à la position qu'elles méritaient l'ont fait au détriment du principe féminin, prises au piège des rapports de force liés à la sexualité ou n'ayant obtenu leur position qu'en exerçant un contrôle autoritaire sur autrui. Si de telles mesures ont sans doute porté leurs fruits à court terme, toute personne contrainte de renoncer à son identité et de se priver, consciemment ou non, de sa propre force, finira tôt ou tard par tomber dans le piège de l'exploitation, de la manipulation et de la discrimination envers autrui – les maux mêmes qu'elle cherchait à combattre. Privée de la force qui lui vient de l'intérieur, ce sont là les seuls outils dont dispose une personne vivant en dehors des limites de son propre être.
Les femmes du XXe siècle resteront dans les mémoires comme des pionnières d'un chemin difficile et périlleux vers la liberté et l'émancipation. Leurs efforts ont permis des avancées phénoménales et ont été riches d'enseignements. Leur démarche, résolument tournée vers l'action, était guidée par des qualités associées à l'hémisphère gauche du cerveau : le courage, la détermination, la volonté et l'engagement. Il en a résulté la formation d'un réseau international d'organisations et de groupes de femmes, attentives aux mutations politiques, sociales et économiques et conscientes de leur impact sur la vie des femmes à travers le monde. Confrontées au paradoxe d'une réussite matérielle et professionnelle, mais d'un épanouissement émotionnel et spirituel insuffisant, ces femmes continuaient de ressentir un profond vide intérieur et un manque d'estime de soi. Conscientes que l'émancipation des femmes était un défi de taille, un tout complexe, il est devenu évident que les progrès extérieurs devaient s'accompagner d'un développement intérieur. Rapidement, les programmes de développement personnel se sont multipliés. Les conférences, les séminaires et les forums ont cédé la place aux dialogues, aux discussions et aux échanges. La leçon essentielle qu'ils ont tirée fut la patience nécessaire pour croire que tout événement s'inscrivait dans un processus menant à une issue positive, et la redécouverte de qualités telles que l'intuition, la créativité, la spiritualité, la bienveillance, le soutien, l'attention, l'amour et la compassion. Cette évolution de la conscience est devenue le fondement de leurs histoires.
La vision naît de la prévoyance
Les femmes du XXe siècle ont élaboré des principes et établi des normes que les femmes du XXIe siècle pourront poursuivre et développer. Le principe féminin, perçu comme une lueur d'espoir à la fin du XXe siècle, deviendra une évidence. Confiance, respect et sagesse seront au cœur d'un leadership authentique, tant féminin que masculin ; l'intégrité et une haute moralité le soutiendront. Le pouvoir ne résidera plus entre les mains de ceux qui décident à notre place, mais au plus profond de nous-mêmes. Leaders nés, nous puiserons dans notre force intérieure et suivrons nos principes, notre conscience et notre vérité, forgeant ainsi notre propre discipline.
Il sera essentiel que les femmes responsables de l'éducation et du développement des enfants intègrent pleinement le droit de chaque enfant à participer pleinement à la vie de la société et à bénéficier de l'égalité des chances. Gardiennes de l'avenir de l'humanité, elles veilleront à ce que la valeur d'un individu ne soit pas déterminée par son genre et lui offriront l'amour et le respect nécessaires à l'épanouissement de sa véritable personnalité. Il incombe en grande partie aux femmes de maîtriser un processus qui nous libérera, ainsi que les générations futures, des discriminations, des violences physiques et psychologiques et des limitations que nous nous imposons. Ce sera la condition sine qua non de notre liberté véritable.
La sagesse naît de la perspicacité
« Qui suis-je, à toujours me surveiller moi-même ? »
Au confluent des deux millénaires, l'une des insécurités les plus difficiles à surmonter est celle que les gens ressentent par rapport à eux-mêmes : Qui suis-je ?
En prenant le principe féminin comme point de départ pour explorer ce mystère, nous pouvons entreprendre notre voyage de découverte avec une confiance en soi inébranlable. Souvent, nous hésitons à nous tourner vers l'intérieur car nous manquons de confiance pour affronter la personne que nous craignons le plus : notre véritable moi.
La connaissance spirituelle offre une compréhension plus profonde qui dissipe la peur de l'inconnu et ouvre la voie à l'intuition. L'intuition procure la clarté spirituelle nécessaire à la connaissance de soi et la force intérieure de s'accepter tel qu'on est, avec ses limites actuelles. Elle agit aussi comme un projecteur permettant de percer les limitations accumulées par une survalorisation des aspects temporaires ou physiques de notre identité, et de se concentrer sur la réalisation de notre identité originelle et éternelle : « Qui suis-je vraiment ? »
S'identifier à son être intérieur est le moyen de se libérer des limites et des contraintes du corps. La foi en soi élève et divinise l'intellect, et ouvre le troisième œil de la sagesse. C'est cette foi qui engendre la confiance et donne le courage d'accepter le passé, de savourer le présent et de bâtir l'avenir désiré. C'est la sagesse que les femmes doivent incarner. Cette sagesse naît des profondeurs de la conscience spirituelle et se souvient sous le nom de shakti – la force de volonté reçue directement de Dieu. Une telle sagesse, mise en pratique, transforme véritablement nos vies et celles de notre entourage, instaurant une harmonie empreinte d'intégrité.
Utiliser le principe féminin pour parvenir à une intégration empreinte d'intégrité est l'outil le plus puissant dont nous disposons aujourd'hui. La pratique du retour à son identité originelle et du souvenir constant de « Qui je suis », tout en assumant nos différents rôles et en honorant nos responsabilités, est cruciale, car elle nous permet de retrouver notre dignité. Lorsque nos subtiles capacités intérieures sont intégrées à la plénitude de notre être et peuvent s'exprimer pleinement grâce au respect de soi, nos actions sont menées avec une grande intégrité.
Le principe féminin a souvent été confondu avec la féminité physique, et le respect de la beauté intérieure a ainsi cédé la place à une obsession de la beauté superficielle. La valeur d'une femme réside dans les qualités originelles et innées de son âme : vérité, amour, pureté, joie et paix. C'est de ces valeurs que sa beauté émane et rayonne à travers ses traits. Croire en la beauté de sa propre valeur intrinsèque et se percevoir dans le contexte de cette réalité éternelle, plutôt que de se réduire à une simple apparence physique éphémère, renforce considérablement l'estime et la confiance en soi.
Ressentir est une caractéristique humaine fondamentale. Pourtant, lorsqu'il s'agit d'exprimer nos sentiments dans une relation, notre passion pour une tâche ou notre admiration pour une œuvre d'art ou une musique, nous avons souvent tendance soit à nous laisser aller à l'excès et à perdre la raison, soit à nous réprimer par peur du rejet ou d'être trop émotifs. Il y a un problème quelque part avec nos émotions, et nous devons donc comprendre profondément ce qu'elles sont. Les sentiments sont liés à nos motivations, nos intentions, nos désirs et nos attentes, et je peux les maîtriser lorsque je suis en harmonie avec eux. Je me sens forte lorsque mes sentiments puisent leur force dans ce qui est authentique en moi et proviennent du respect et de la confiance que j'ai en moi. Je me sens faible lorsque je laisse des influences extérieures semer le doute et la peur dans mes émotions, me poussant à chercher à l'extérieur une validation de mes propres sentiments. Chercher à l'extérieur, c'est libérer des vagues de victimisation, d'incertitude et d'insécurité ; c'est pourquoi les sentiments sont souvent refoulés et jamais affrontés. Ce refoulement des émotions engendre la dépression, car je suis incapable de faire confiance à mes propres sentiments et j'hésite à en parler, craignant d'être incomprise, critiquée ou rejetée. Rester fidèle à ma vérité intérieure, à mes valeurs intrinsèques et à ma force intérieure me permet de faire confiance à mes émotions. Je suis responsable de ce que je ressens et j'ai la capacité de faire disparaître toute émotion douloureuse et de la remplacer par des émotions positives.
Développer ses capacités, c'est l'art d'équilibrer intuition et raison. Cet équilibre est particulièrement important en matière de confiance, d'honnêteté, de loyauté et d'amour. La raison m'enseigne que lorsque je m'efforce de cultiver ces valeurs, mes propres insécurités, peurs et doutes surgiront pour éprouver la force de mon engagement et développer mes capacités. Chaque épreuve recèle un enseignement. Il est essentiel de comprendre, durant ces moments difficiles, que je ne dois pas diminuer ma capacité à faire confiance simplement parce que quelqu'un me trahit, ni ma capacité à être honnête simplement parce qu'on me ment. Il est si facile d'être influencé par le comportement d'autrui et d'intérioriser ses faiblesses au point de perdre confiance en mes propres capacités et de m'éloigner de mes valeurs. C'est pourquoi il est important de prendre du recul pour entretenir des relations saines et durables, et pour ne pas se laisser absorber par l'autre au point de perdre toute notion de soi. Ce recul, qui me permet de préserver mon indépendance et mon intégrité, favorise mon développement et accroît ma capacité à exercer ma liberté de choix plutôt que de succomber aux influences extérieures ou aux attentes des autres.
On observe que l'intuition féminine guide la prise de décision, presque comme un sixième sens. Cependant, l'intuition seule ne suffit pas à une prise de décision efficace. Ce n'est que lorsque les motivations sont pures et désintéressées qu'elle peut fournir des signaux clairs pour faciliter des décisions objectives. Ces capacités subtiles doivent s'appuyer sur des faits et non sur des fantaisies ou de l'imagination. Le quotidien, avec ses aléas, peut aussi mettre à l'épreuve notre intégrité. C'est pourquoi il est essentiel de se recentrer régulièrement sur soi-même pour vérifier si nos actions, nos paroles, nos pensées et nos valeurs sont en accord avec nos principes. Dans le cas contraire, il faut faire appel à notre estime de soi pour reporter la décision ; dans le cas contraire, cet accord nous donne l'autorité nécessaire pour prendre position, décider et nous y tenir.
Au plus profond de l'âme humaine, un monde nouveau est prêt à naître. Le don que nous pouvons et devons nous offrir – à nous-mêmes et aux autres – est de raviver en nous la flamme du principe féminin et de la maintenir vive et constante, nourrie par la pureté des sentiments, la foi et la détermination. S'engager à vivre selon ce principe, c'est s'engager à insuffler l'esprit du XXIe siècle dans le cœur de toute l'humanité. Si je ne prends pas cet engagement, qui le fera ?
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