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David Whyte Sur Le Courage

Le courage est un mot qui nous incite à penser aux autres, à affronter l'adversité avec bravoure, à agir malgré l'adversité, et peut-être surtout, à le faire publiquement, à afficher notre courage ; à être célébré, décoré, acclamé. Mais se pencher sur ses origines linguistiques, c'est se tourner vers une dimension plus intérieure, vers son modèle originel, le vieux français normand. Le courage est la mesure de notre engagement sincère envers la vie, envers autrui, envers une communauté, une œuvre, un avenir. Être courageux, ce n'est pas forcément aller quelque part ou faire quoi que ce soit, si ce n'est prendre conscience de ce que nous ressentons déjà profondément et vivre ensuite avec les vulnérabilités infinies qui en découlent. Être courageux, c'est ancrer profondément nos sentiments dans notre corps et dans le monde : c'est s'investir pleinement dans les relations, souvent déjà existantes, avec ce qui nous est cher : une personne, un avenir, une possibilité dans la société, ou un inconnu qui nous interpelle et nous a toujours interpellés. Être courageux, c'est rester fidèle à sa nature profonde.

Le courage, c'est ce à quoi ressemble l'amour lorsqu'il est mis à l'épreuve par les simples nécessités quotidiennes de la vie.

Le philosophe français Camus se disait souvent de vivre jusqu'aux larmes, non pas par sentimentalisme excessif, mais comme une invitation à savourer le profond privilège de l'appartenance et la manière dont elle nous affecte, nous façonne et nous bouleverse au plus profond de notre être. Être touché par ce que l'on ressent, comme surpris par la réalité et le privilège de l'amour et de l'affection, et par la possibilité de les perdre, est une dynamique fondamentale de l'incarnation humaine. Le courage, c'est l'amour mis à l'épreuve par les simples nécessités quotidiennes de la vie.

Nous devenons courageux lorsque nous vivons au plus près des larmes face à toute nouvelle possibilité qui se révèle en nous, lorsque nous manifestons notre foi dans les révélations intérieures et que nous nous alignons sur les besoins nouveaux, surprenants et profonds de l'existence, même la plus ordinaire. S'autoriser à ressentir pleinement ce qui est déjà advenu, c'est changer notre avenir, simplement en assumant les conséquences de ce que nous chérissons.

Au fond de nous, nous apprenons qui, quoi et comment nous aimons, et ce que nous pouvons faire pour approfondir cet amour ; ce n'est que de l'extérieur, et seulement en regardant en arrière, que cela ressemble à du courage.

De l'intérieur, cela peut ressembler à de la confusion. Ce n'est que lentement que nous apprenons ce qui nous importe vraiment et que nous laissons notre vie extérieure se réaligner sous cette force d'attraction. Avec la maturité, cette vulnérabilité authentique apparaît comme la seule voie nécessaire, la seule véritable invitation et le terrain le plus sûr et le plus sûr sur lequel avancer. Intérieurement, nous apprenons qui, quoi et comment nous aimons, et comment approfondir cet amour. Ce n'est que de l'extérieur, et seulement en regardant en arrière, que cela ressemble à du courage.

Extrait du livre de David Whyte, Consolations : The Solace, Nourishment and Underlying Meaning of Everyday Words , publié par Many Rivers Press ; Première édition (1er janvier 2015).

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