Nous vivons une époque turbulente et incertaine, caractérisée par de nombreux noms : l’Anthropocène, la Grande Perturbation, la Grande Accélération, la Polycrise et la Métacrise, pour n’en citer que quelques-uns. La manière dont nous traverserons ces eaux troubles, en tant qu’espèce, définira non seulement la trajectoire de l’humanité, mais aussi celle de toute vie sur Terre pour des millénaires. Outre les forces de survie, les instincts égoïstes, la compétition pour les ressources, la tendance à l’exclusion, la peur, l’agressivité, le sentiment d’être submergé, la dissonance cognitive et les conséquences potentiellement incontrôlées de l’IA, des modes de vie et de relations alternatifs émergent, porteurs d’un avenir plus positif. Nous entrevoyons les prémices du Symbiocène, l’émergence d’une civilisation écologique et le Grand Tournant, autant de signes d’un moment charnière dans l’évolution humaine, où l’humanité est invitée à tracer consciemment un avenir plus en harmonie avec la nature et en communion avec ses semblables et avec nos proches parents non humains.
Fondamentalement, ces futurs possibles dépendent de l'évolution de notre identité humaine, passant d'individus séparés à un sentiment d'identité partagé, indissociable de la planète, du cosmos et, plus fondamentalement encore, du Divin, ou Conscience, fondement de notre existence. Sans une transformation de l'identité humaine au niveau de la conscience, nous continuerons probablement sur la voie destructrice actuelle, caractérisée par des conceptions fragmentées et cloisonnées du soi. De plus, face à la course à la création d'une conscience artificielle, cultiver notre propre conscience devient plus impératif que jamais.
Certains cadres théoriques du développement suggèrent que l'évolution de la conscience humaine oscille entre intégration et différenciation, chaque nouvelle étape intégrant des stades de développement antérieurs et donnant naissance à de nouvelles expressions complexes. La modernité et la postmodernité représentent les frontières culturelles des pays les plus développés du monde. Cependant, le matérialisme et le réductionnisme scientifique de la modernité, ainsi que les vérités relatives et l'hyper-individualisation de la postmodernité, ne suffisent pas à bâtir un avenir harmonieux. En réaction, certains penseurs influents annoncent une nouvelle étape culturelle, le métamodernisme, comme voie d'avenir où la spiritualité est réintégrée dans un contexte de réintégration plus poussée.
Le concept d' interdépendance du bouddhisme zen, popularisé par Thich Nhat Hanh, souligne l'interconnexion et l'interdépendance de tous les éléments de l'existence. La citation de Jésus-Christ : « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d'eux », évoque une expérience partagée d'une présence spirituelle supérieure, et le recueillement silencieux des Quakers invite l'Esprit vivant à émerger spontanément d'un cercle de silence collectif.
Des « expériences » plus récentes de pratique spirituelle collective menées au cours des dernières décennies, auxquelles j'ai participé, offrent un aperçu d'un potentiel humain émergent : des individus se réunissent volontairement, sincèrement et vulnérablement, curieux et désireux de se rencontrer au-delà de leurs identités (égocentriques) pour accéder à une conscience collective émergente grâce à des pratiques de dialogue cultivées.
Grâce à des compétences de participation aiguisées, telles que l'écoute attentive aux possibilités émergentes, l'écoute profonde, le maintien de la présence et le dépassement des idées préconçues, une intelligence partagée, supérieure à la somme des parties, peut émerger entre les individus. Ce phénomène ne se limite pas à la simple réunion de personnes, mais implique un passage d'une identité individuelle à une conscience partagée qui influence et est influencée par les membres du groupe. Il ne s'agit pas d'éliminer ou de diminuer l'individualité. Au contraire, l'expression authentique de soi est une « cellule » essentielle de l'« organe » émergent de la conscience partagée. Dans ce contexte d'autorégulation et de renforcement, les expériences vécues et évolutives d'unité, de confiance, de transparence, de diversité, de liberté de curiosité intellectuelle et de joie profonde de l'être se déploient en chacun et entre les individus et se renforcent au fil du temps. De nouvelles perspectives, plus riches, deviennent disponibles pour éclairer la prise de décision.
Des théologiens et des acteurs spirituels ont évoqué ce potentiel humain émergent. Le prêtre jésuite Teilhard de Chardin envisageait notre évolution à travers la convergence de l'univers matériel et de la conscience, donnant naissance à un état d'être supérieur. Le révolutionnaire spirituel indien Sri Aurobindo parlait du « Surmental » qui « fonctionne comme le lien intermédiaire entre l'unité indivisible de l'Esprit et la conscience divisée de l'Esprit et du monde manifesté ».
Un tel bouleversement ontologique de l'identité humaine, et l'expansion subséquente de notre capacité à expérimenter, faciliter et partager cette conscience, constituent un levier puissant pour transformer nos visions du monde, nos valeurs, nos priorités et nos actions. En effet, accéder à une conscience collective émergente et la cultiver, en tant que ressenti de soi et source d'intelligence, pourrait être une véritable révolution en ces temps de bouleversements. Si l'humanité parvient à franchir ce cap évolutif, la portée de ce moment dépassera largement la simple survie. Il deviendra un point de réflexion fondamental, susceptible de faire entrer l'humanité en harmonie avec un cosmos en constante évolution, à mesure qu'elle s'éveille à elle-même.
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Hallelujah to the ontological shift in human identity.