Extrait de « Écouter avec l'oreille du cœur : une autobiographie »
Je ne me souviens plus exactement du moment où j'ai commencé à me glisser dans la chambre de mes parents pour « dire » la messe. Mais je me rappelle très bien de l'instant où tout ce rêve s'est effondré. Chaque jour, vers 16 heures, cette chambre se transformait en une chapelle privée où je « disais » la messe plutôt que de l'« écouter ». Au centre de la pièce trônait une petite cheminée aux carreaux bruns et gris, face à la grande baie vitrée. Je me tenais debout sur le rebord de la cheminée et, en avance sur mon temps, je me tournais vers l'assemblée. Le chêne dégingandé, dehors, semblait danser et chanter : « Car vous sortirez avec joie, et vous serez ramenés en paix… et tous les arbres des champs battront des mains » (Isaïe 55, 12).
À gauche de l'autel, sur le rebord de la cheminée, se dressait une statue de Marie. En son centre, un crucifix noir et blanc représentait Jésus en trois dimensions. Mes parents étant à l'abri, j'imaginais la pièce emplie de personnages suspendus à mes lèvres, en quête de rédemption et de salut. Nous récitions ensemble le Notre Père à voix basse, et je chantais « Regina Caeli » et « Adoro Te Devote » tandis que mon troupeau invisible s'avançait vers moi pour recevoir la Sainte Communion, que je leur distribuais sous forme de bonbons à la menthe blancs et ronds.
Ma « sacristie », c'était le palier juste devant la porte. Un après-midi, je croisai mon grand frère là-bas après avoir dit la messe. « Noël, je serai prêtre quand je serai grand ! » lui dis-je avec enthousiasme. « N'importe quoi, Noreen ! Tu ne peux même pas être enfant de chœur, alors prêtre… ! » C'est à ce moment-là que je compris que le prêtre qui dirait la messe tous les dimanches à Caherline ne serait jamais une femme. Dévastée à l'idée de ne jamais pouvoir exercer mon ministère auprès des humains, je me donnai alors pour mission de convertir – au moins – les animaux qui m'entouraient ! Il n'y avait pas grand-chose à faire ; les animaux ont un sens inné du spirituel et du silence.
J'ai commencé avec mon petit cocker spaniel, Banner. Chaque jour après l'école, alors que le pauvre chien ne désirait qu'une chose : aller se promener, j'insistais pour que nous bénissions d'abord la promenade par une prière. Tandis que je le chatouillais sous les pattes avant et que je lui chantais une chanson, il remuait sa petite tête de gauche à droite, ravi. J'étais fermement convaincue qu'il m'avait été envoyé par son homonyme, qui était une anagramme de son nom : Dieu.
Je me suis ensuite attaquée aux poules de ma mère. Elles nous fournissaient ce qu'on appelle aujourd'hui des œufs « bio » et, pour les remercier, j'ai fait le vœu de les amener à Dieu en les écoutant. Chaque matin et chaque soir, mon petit fauteuil en sucre sous le bras, j'envahissais le poulailler et j'insistais pour que ces vilaines volailles chantent le « Notre Père » afin d'être sauvées. Je psalmodiais chaque verset, j'attendais leur réponse. Et elles répondaient, elles répondaient. Poussées par les poules jusqu'à la conversion.
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Le 29 juillet 2017, Nóirín a été ordonné révérend Nóirín Ní Riain, ministre de la Fondation One Spirit Inter Faith Seminary.
Autres citations sur le son, le silence et l'écoute tirées de l'autobiographie de Noirin : 
Il y a des moments dans nos vies où un son, un mot, ou même un silence, nous ramène brutalement à la réalité. Ce son, tantôt doux, tantôt rauque, nous murmure une soudaine prise de conscience de notre place dans ce monde étrange, et nous sommes assourdis par une vérité qui dépasse l'horizon de notre quotidien.
Le silence et le son forment une dualité indissociable. Ainsi, le silence et sa résonance correspondante « sont » tout simplement. Le silence est le cantus firmus de la vie ; la force vitale constante et régulière à laquelle s’ajoutent harmonieusement toutes nos expériences authentiques.
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