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Définir l'esprit

Extrait de Noetic Sciences Review 47 n° 64, hiver 1998

Qu'est-ce donc que le spirituel ? J'ai du mal à le définir directement. Il est bien plus facile de dire ce qu'il n'est pas que ce qu'il est. Par exemple, le spirituel est souvent confondu avec le moral, mais il n'est pas le moral. Le moral concerne les questions de bien et de mal. Bien que souvent attribuée à une divinité, elle a en réalité une base sociale et reflète une tradition ou un consensus social. Ce qui est considéré comme moral varie d'une culture à l'autre et même au sein d'une même culture, selon les époques. De plus, le moral sert souvent de fondement au jugement, justifiant la séparation d'un groupe d'un autre, ou l'isolement d'un individu. Or, le spirituel est profondément non jugeant et non séparateur. Le spirituel ne varie pas dans le temps car il est intemporel. L'esprit est immuable.

Le spirituel diffère également de l'éthique. L'éthique est un ensemble de valeurs, un code permettant de traduire la morale en actes. Elle définit la bonne manière d'entrer en relation avec autrui, de mener ses affaires et de se comporter en général. Si la morale n'est pas spirituelle, alors l'éthique ne l'est pas non plus.

Le spirituel n'est pas non plus le psychique. Le psychique est une capacité que nous partageons tous, bien qu'elle soit plus développée chez certains que chez d'autres. C'est une manière de percevoir, une sorte de connaissance directe des états de la matière ou de la conscience. Nous pouvons utiliser un pouvoir psychique pour connaître le spirituel, mais ce que nous savons n'est pas le moyen par lequel nous le connaissons. En tant que mode de perception, le psychique est étroitement lié à nos autres sens. Si la perception psychique est spirituelle, alors voir et entendre sont spirituels. Un sens est simplement une manière d'acquérir des informations sur le monde qui nous entoure. La façon dont j'utilise ce que je vois ou entends, la signification que cela a pour moi, détermine si cela relève du spirituel ou non. Je peux utiliser le psychique comme j'utilise mes autres sens : pour impressionner autrui, accumuler du pouvoir personnel, dominer ou manipuler, bref, pour affirmer ma séparation et mon pouvoir personnel. Le spirituel, en revanche, n'est pas séparatif. Un profond sentiment du spirituel conduit à faire confiance non pas à son propre pouvoir isolé, mais au grand flux ou schéma manifesté dans toute vie, y compris la nôtre. Nous ne devenons plus manipulateurs, mais témoins.

Étrangement, on fait souvent appel aux médiums pour « prouver » la spiritualité aux sceptiques. Pourtant, la spiritualité est la seule dimension de l'expérience humaine qui ne requiert aucune preuve ; elle se situe au-delà (et inclut) l'esprit même qui exige des preuves.

Enfin, le spirituel n'est pas le religieux. Une religion est un dogme, un ensemble de croyances relatives au spirituel et un ensemble de pratiques qui en découlent. Il existe de nombreuses religions, et elles ont tendance à s'exclure mutuellement. Autrement dit, chaque religion a tendance à penser qu'elle détient le monopole du spirituel, qu'il s'agit de la « Voie ». Or, le spirituel est inclusif. Il représente le sentiment le plus profond d'appartenance et de participation. Nous participons tous au spirituel en permanence, que nous en soyons conscients ou non.

Il n'existe aucun lieu où se couper du spirituel ; on pourrait donc dire que le spirituel est ce domaine de l'expérience humaine auquel la religion tente de nous relier par le biais de dogmes et de pratiques. Parfois elle y parvient, parfois elle échoue. La religion est un pont vers le spirituel, mais le spirituel se situe au-delà de la religion. Malheureusement, dans notre quête du spirituel, nous risquons de nous attacher au pont plutôt que de le franchir.

L'élément essentiel pour définir la spiritualité est de reconnaître qu'elle constitue un besoin fondamental de la nature humaine. Il y a en chacun de nous une aspiration spirituelle. Cette aspiration varie en intensité d'une personne à l'autre, mais elle est toujours présente. Ainsi, la guérison devient possible. Pourtant, notre culture a tendance à nier la spiritualité, à la déléguer au mieux, à l'ignorer au pire. En tentant de la définir, j'espère susciter une réflexion sur le rôle de la spiritualité dans la santé, les soins de santé et la vie en général.

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COMMUNITY REFLECTIONS

1 PAST RESPONSES

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Butterski Feb 4, 2019
A thought after reading. "Spiritual" is not a trend, it is not trendy, it always has been part of the human experience/condition and always will be. Another thought . . . and you must be consciously aware of it working and alive in relationship to you, in order to know of it. It helps to have a reflection, a friend or church/community of like minded people to share experiences, this helps you maintain conscious contact with your spiritual self. The saying, "No man/woman is an island comes to mind." Although, certainly, being one with nature can put you in mind of your spiritual self, if alone on an island or alone wherever you may be, even I supose alone with your own thoughts. Another thought . . . kindness is important to me, therefore this is a part of my spiritual essence. Also, the story of Jesus is an example of the spiritual journey of a human being and his relationship with God "the father". It seems we tend to complicate the subject of spirituality when it isn't complicated ... [View Full Comment]