Nombreux sont ceux qui se trouvent confrontés à un dilemme face à un problème, une question ou une décision personnelle. D'un côté, nous savons que la résolution de ce problème nous incombe et que nous possédons les ressources intérieures nécessaires. Cependant, l'accès à ces ressources est souvent entravé par un encombrement intérieur : confusion, schémas de pensée habituels, peur, désespoir. De l'autre côté, nous savons que nos amis pourraient nous aider à découvrir ces ressources et à trouver notre voie. Mais en exposant notre problème à autrui, nous risquons d'être envahis et submergés par leurs suppositions, leurs jugements et leurs conseils – une expérience courante et aliénante. Par conséquent, nous avons souvent tendance à privatiser ces questions essentielles : au moment même où nous avons le plus besoin d'aide, nous nous retrouvons coupés de nos propres ressources et du soutien de notre communauté.
Pour celles et ceux qui ont déjà vécu ce dilemme, je souhaite décrire une méthode inventée par les Quakers, une méthode qui préserve l'identité et l'intégrité individuelles tout en puisant dans la sagesse collective. Il s'agit du « Comité de Clarté ». Si ce nom vous semble désuet, c'est normal : il date des années 1660 ! Dès leurs origines, il y a plus de trois siècles, les Quakers avaient besoin de mobiliser leurs ressources intérieures et communautaires pour faire face à leurs problèmes personnels, car ils ne disposaient d'aucun chef religieux pour les résoudre à leur place. Le Comité de Clarté témoigne du fait qu'il n'existe aucune autorité extérieure sur les questions les plus profondes de l'existence, ni le clergé, ni les thérapeutes, ni les universitaires ; il n'y a que l'autorité qui réside en chacun de nous, qui ne demande qu'à être entendue.
Le Comité de Clarté repose sur une conviction simple mais essentielle : chacun de nous possède un guide intérieur, une voix de vérité, qui nous offre la guidance et la force nécessaires pour affronter nos problèmes . Or, cette voix intérieure est souvent brouillée par diverses interférences, internes comme externes. Le rôle du Comité de Clarté n’est pas de donner des conseils ni de « réparer » les gens de l’extérieur, mais plutôt de les aider à se libérer de ces interférences afin qu’ils puissent découvrir leur propre sagesse intérieure. Si nous ne croyons pas en la réalité de la sagesse intérieure, le Comité de Clarté peut devenir un instrument de manipulation. Mais si nous respectons le pouvoir de ce guide intérieur, le Comité de Clarté peut être un outil précieux pour aider chacun à nommer et à affirmer sa vérité la plus profonde.
Le travail du Comité de clarification est guidé par des règles et des principes simples mais essentiels. Parmi eux figure bien sûr la règle de la confidentialité. Une fois la réunion terminée, les membres du comité s'engagent à ne divulguer à personne les propos tenus et, tout aussi important, à ne pas s'entretenir avec la personne concernée, sauf si celle-ci en fait la demande.
Lignes directrices pour l'animation des comités de clarification lors des retraites :
Les animateurs répartissent les membres en comités. Avant cela, demandez à chaque personne ciblée une liste confidentielle des personnes avec lesquelles elle souhaite particulièrement collaborer ou avec lesquelles elle se sent incapable de travailler. Assurez-leur qu'elles recevront autant de noms que possible de la première liste, et aucun de la seconde.
Lors d'une retraite, les personnes ciblées sont invitées à réfléchir aux trois domaines suivants :
un énoncé concis de son problème, même s'il n'est pas clair — ce processus peut fonctionner aussi bien avec des problèmes obscurs qu'avec des problèmes clairs ;
un exposé des facteurs contextuels pertinents susceptibles d'avoir une incidence sur le problème ;
une exploration de toutes les intuitions que la personne concernée pourrait avoir sur ce qui se profile à l'horizon concernant le problème.
L'objectif est que la personne concernée puisse présenter son problème oralement au comité au début de la séance, de manière concise mais utile, en dix ou quinze minutes maximum.
Les réunions des comités de clarification durent deux heures. Un calendrier détaillé est remis à tous les membres avant le début de la séance. Lorsqu'il reste quinze minutes, puis cinq, un membre du comité doit en informer les autres, pour les raisons expliquées dans la note 9 ci-dessous. Les membres qui souhaitent faciliter leur concentration peuvent prendre des notes et les remettre à la personne concernée avant de quitter la salle. Ceci garantit la confidentialité et constitue un atout précieux pour cette dernière, lui permettant de se souvenir des questions et réponses dans les heures, les jours et les mois à venir.
La réunion commence lorsque la personne concernée rompt le silence et résume brièvement le problème. Ensuite, les membres du comité peuvent prendre la parole, mais leurs interventions sont soumises à une règle simple, certes, mais souvent perçue comme difficile et exigeante : il leur est interdit de s’adresser à la personne concernée autrement que pour lui poser des questions sincères et ouvertes. Cela exclut tout conseil et toute forme de psychanalyse amateur. Pas de « Pourquoi ne… ? », pas de « Cela m’est arrivé une fois, et voici comment j’ai fait… », pas de « Il existe un livre/un thérapeute/un exercice/un régime qui vous serait très utile. » Seules les questions authentiques, sincères et ouvertes, sont autorisées. Elles permettront à la personne concernée de lever les blocages qui l’empêchent d’accéder à sa vérité intérieure, sans être influencée par les intentions personnelles des membres du comité. Je peux penser connaître la solution à votre problème, et il m’arrive parfois d’avoir raison. Mais ma réponse ne vous sera d’aucune utilité. Seule compte la réponse qui émane de votre propre vérité intérieure. La mission du Comité de Clarté est de vous donner un meilleur accès à cette vérité et de vous permettre d'avoir un dialogue personnel avec elle, tandis que nous autres nous abstenons de tenter de définir cette vérité pour vous ou de guider ce dialogue.
Qu'est-ce qu'une question honnête et ouverte ? Il est important d'y réfléchir, car nous sommes souvent passés maîtres dans l'art de poser des questions qui sont en réalité des conseils ou des analyses déguisées ; par exemple : « Avez-vous déjà pensé que cela pourrait être la faute de votre mère ? » Le meilleur signe d'une question honnête et ouverte est que celui qui la pose ne peut absolument pas en anticiper la réponse ; par exemple : « Avez-vous déjà ressenti cela auparavant ? » Il existe d'autres principes pour bien poser des questions. Évitez de devancer votre interlocuteur ; par exemple, « Que vouliez-vous dire par “frustré” ? » est une bonne question, contrairement à « N'étiez-vous pas en colère ? ». Posez des questions visant à aider la personne interrogée plutôt qu'à satisfaire votre propre curiosité. Privilégiez les questions brèves et directes, sans les noyer sous des considérations et des justifications superflues, qui transforment la question en un long discours. Posez des questions qui s'adressent autant à la personne qu'au problème, par exemple, des questions sur les sentiments autant que sur les faits. Faites confiance à votre intuition pour poser des questions, même si elle vous semble farfelue. Par exemple : « De quelle couleur est votre emploi actuel, et de quelle couleur est celui qui vous a été proposé ? »
Normalement, la personne ciblée répond aux questions au fur et à mesure qu'elles sont posées, en présence du groupe, et ces réponses suscitent des questions plus approfondies. Bien que les réponses doivent être complètes, elles ne doivent pas être excessivement longues – résistez à la tentation de raconter votre vie à chaque question ! Il est important de prévoir du temps pour de plus en plus de questions et de réponses, afin d'approfondir le processus pour tous. Plus la personne ciblée est disposée à répondre à voix haute, plus elle – et le comité – auront de matière à exploiter. Mais cela ne doit jamais se faire au détriment de son besoin de protéger ses sensibilités ou de préserver sa vie privée. Il est essentiel que la personne ciblée ait toute latitude pour définir les limites du processus. Ainsi, chacun doit comprendre qu'elle a le droit, à tout moment, de ne pas répondre à une question. La question restée sans réponse n'est pas forcément perdue – il se peut même que ce soit la question si importante qu'elle continue d'influencer la personne ciblée longtemps après la fin de la réunion du Comité de Clarté.
Le Comité de Clarté ne doit pas se transformer en interrogatoire serré. Le rythme des questions est crucial : il doit être détendu, bienveillant et humain. Un flot incessant de questions empêche toute réflexion et donne à la personne concernée le sentiment d'être agressée plutôt que stimulée. N'ayez pas peur du silence au sein du groupe ; faites-lui confiance et chérissez-le. Si le silence s'installe, cela ne signifie pas que rien ne se passe ou que le processus a échoué. Cela peut très bien signifier que l'essentiel est en train de se produire : de nouvelles intuitions émergent de l'intérieur des personnes, de leurs sources de sagesse les plus profondes.
Du début à la fin de la réunion du Comité de Clarté, il est essentiel que chacun s'efforce de rester pleinement attentif à la personne concernée et à ses besoins. Cela implique de mettre de côté les règles habituelles des réunions sociales : pas de bavardages, pas de réponses aux questions des autres ni aux réponses de la personne concernée, pas de plaisanteries pour détendre l'atmosphère, pas de rires bruyants et nerveux. Nous devons simplement entourer la personne concernée d'un espace calme et bienveillant, en résistant même à la tentation de la réconforter, de la rassurer ou de l'encourager, mais simplement être présents, attentifs et bienveillants. Si un membre du comité perturbe cette ambiance par des conseils, des questions orientées ou un interrogatoire incessant, les autres membres, y compris la personne concernée, ont le droit de rappeler les règles à l'ordre – et ce dernier n'est pas autorisé à se justifier ou à argumenter. Le Comité de Clarté est là pour le bien de la personne concernée, et nous devons tous mettre notre ego de côté.
La réunion du Comité de Clarté doit se dérouler pendant toute la durée prévue. Il ne faut pas l'interrompre prématurément par crainte que le groupe « n'ait plus de questions » : la patience sera récompensée par des questions plus approfondies. Environ quinze minutes avant la fin de la réunion, il convient de demander à la personne concernée si elle souhaite suspendre la règle des « questions seulement » et d'inviter les membres du comité à reformuler ce qu'ils ont entendu. Si la personne concernée refuse, les questions se poursuivent ; si elle accepte, la reformulation peut commencer, ainsi que d'autres questions si nécessaire. Reformuler ne justifie en aucun cas de donner des conseils ou de tenter de « corriger » la personne ; ce type d'intrusion reste interdit. Reformuler signifie simplement refléter le langage et le langage corporel de la personne concernée, lui donnant ainsi l'occasion de dire : « Oui, c'est bien moi » ou « Non, ce n'est pas moi », sans obligation de réponse. Durant les cinq dernières minutes de la réunion, le secrétaire invite les membres à célébrer et à valoriser la personne concernée et ses points forts. C'est un moment important, car la personne concernée vient de passer quelques heures à se montrer très vulnérable. Et il y a toujours de quoi se réjouir, car lors d'une réunion du Comité de Clarté, les gens révèlent les dons et les grâces qui caractérisent l'être humain dans ce qu'il a de plus profond et de meilleur.
N'oubliez pas que le Comité de Clarté n'a pas pour but de changer la personne concernée. Il ne faut donc pas se sentir déçu(e) si ses problèmes ne sont pas « résolus » à la fin du processus. Un bon processus de clarté ne s'arrête pas là : il continue d'agir sur la personne concernée bien après la fin de la réunion. Nous devons simplement continuer à l'accompagner et à faire confiance à la sagesse de son guide intérieur.
Le Comité de Clarté n'est pas une solution miracle. Il n'est pas destiné aux personnes extrêmement fragiles ni aux problèmes extrêmement délicats. Mais pour la bonne personne, face au bon problème, il constitue un moyen puissant de mobiliser la force de la communauté autour d'une âme en souffrance, de puiser profondément dans la sagesse qui réside en chacun de nous. Il nous apprend à abandonner la prétention de savoir ce qui est le mieux pour autrui et à poser plutôt les questions honnêtes et ouvertes qui peuvent l'aider à trouver ses propres réponses. Il nous apprend à renoncer à la prétention arrogante de nous « sauver » les uns les autres et à apprendre, par une simple écoute, à créer les conditions permettant à chacun de trouver sa plénitude intérieure. Si la discipline spirituelle qui sous-tend le Comité de Clarté est comprise et pratiquée, le processus peut devenir un moyen de renouveler la communauté à notre époque individualiste ; un moyen de libérer les personnes de leur isolement sans menacer leur intégrité ; un moyen de contrer les excès néfastes auxquels nous nous livrons parfois sous couvert de « bienveillance » ; et un moyen de créer un espace où l'esprit peut agir parmi nous avec guérison et puissance.
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Pour plus de ressources du Comité Clearness, veuillez consulter le site Web du Centre pour le courage et le renouveau ici.
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2 PAST RESPONSES
I would so love to participate in a clearing committee as you described as both a focus person and committee member. Ever since I read your story Parker, about using the committee to help you discern about becoming president of a University, it has stayed with me and resonated deeply. I love the deep trust at the foundation of this practice and the even deeper love. Thank you for sharing this so clearly and simply.
[Hide Full Comment]And I also love what you wrote about how our access to our own wisdom can be blocked by inner 'stuff' and so we can't hear or discern clearly and that in turning outward to others we run the risk of being invaded or overwhelmed by well meaning friends....we need help but get tangled up in our own thinking and hesitate to reach out. What you wrote made it so simple to see and I found myself thinking 'oh, so that's what's happening at those times!'. I've found that journaling has been my clearness committee. It's worked well in many ways and has given me a safe space in which to speak and listen and for that I'm very grateful..........and yet there is a warmth, vulnerability and comfort that I feel when I read about the clearness committee that draws me in. It not only offers support in potential problem solving but I sense can help heal a return to belonging.
For my wife Patti and I, we have discovered and practiced for years now the ancient Celtic notion of “anam cara” (soul care / soul friend). As Parker has said and written, “The soul speaks its truth only under quiet, inviting, and trustworthy conditions.” The intimacy of “one-to-one” in anam cara is created in quiet and trust, inviting sharing of the deep things of the heart. }:- a.m.