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4 façons Dont La Tristesse Peut être bénéfique

Les scientifiques cherchent à comprendre comment la tristesse fonctionne dans le cerveau, et ils découvrent qu'elle peut conférer des avantages importants.

Dans notre société actuelle, la tristesse est rarement valorisée. Les ouvrages de développement personnel vantent les mérites de la pensée positive, de l'attitude positive et des comportements positifs, qualifiant la tristesse d'« émotion problématique » qu'il faut maîtriser, voire éliminer.

L'évolution devait pourtant avoir une autre raison d'être, sinon la tristesse ne serait plus parmi nous. Ressentir de la tristesse de temps à autre remplit une fonction essentielle à la survie de notre espèce. Or, si d'autres émotions dites « négatives », comme la peur, la colère et le dégoût, semblent clairement adaptatives – préparant respectivement notre espèce à la fuite, au combat ou à l'évitement –, les avantages évolutifs de la tristesse ont été plus difficiles à comprendre… du moins jusqu'à récemment.

Avec l'avènement de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et la multiplication des recherches sur le cerveau, les scientifiques ont commencé à mieux comprendre comment la tristesse agit sur le cerveau et influence nos pensées et nos comportements. Bien que le bonheur reste souhaitable dans de nombreuses situations, une légère tristesse présente également des avantages importants dans d'autres.

Mes recherches suggèrent que la tristesse peut aider à affiner l'attention aux détails extérieurs, à réduire les biais de jugement, à accroître la persévérance et à favoriser la générosité. L'ensemble de ces résultats tend à démontrer que la tristesse possède des fonctions adaptatives et devrait donc être considérée comme une composante importante de notre répertoire émotionnel.

Voici quelques façons dont la tristesse peut être une émotion bénéfique.

1. La tristesse peut améliorer votre mémoire.

Nikki McClure

Dans une étude de terrain, nous avons constaté que les jours de pluie et de mauvais temps, propices à la mauvaise humeur, les participants se souvenaient bien mieux des détails des objets vus en magasin. En revanche, par temps ensoleillé et lumineux, lorsqu'ils étaient de bonne humeur, leur mémoire était beaucoup moins précise dans une situation identique. Il semblerait donc que l'humeur positive diminue, tandis que l'humeur négative améliore, l'attention et la mémorisation des détails de notre environnement.

Dans une autre expérience, mes collègues et moi avons montré aux participants une photo soit d'un accident de voiture, soit d'une scène de mariage.

Par la suite, nous avons demandé aux participants de se remémorer des souvenirs heureux ou tristes afin d'influencer leur humeur. Ils ont ensuite reçu des questions concernant les photos, questions dont la formulation pouvait contenir ou non des informations trompeuses ou fausses, comme par exemple : « Avez-vous vu le panneau stop sur les lieux ? » – alors qu'il n'y avait qu'un panneau cédez le passage. Nous avons ensuite testé leur mémoire de témoin oculaire et constaté que les participants d'humeur négative se souvenaient mieux des détails originaux, ignorant les informations trompeuses, tandis que ceux d'humeur positive commettaient davantage d'erreurs.

Cette expérience met en lumière un fait psychologique fondamental : nos souvenirs du passé peuvent être fortement altérés par des informations erronées ultérieures. Il semblerait qu’une humeur négative réduise la probabilité que de fausses informations ultérieures déforment le souvenir initial.

Ainsi, être dans de bonnes dispositions peut améliorer notre mémoire. Des recherches comme la nôtre montrent régulièrement que le bonheur peut entraîner une moindre concentration et une attention moindre, augmentant ainsi le risque d'intégrer des informations erronées dans la mémoire, tandis qu'une humeur négative améliore l'attention aux détails et favorise une meilleure mémorisation.

2. La tristesse peut améliorer le jugement.

Les êtres humains émettent constamment des jugements sociaux, tentant d'interpréter les signaux sociaux pour comprendre et anticiper les pensées et les comportements d'autrui. Malheureusement, ces jugements sont souvent erronés, notamment en raison de nombreux raccourcis et biais cognitifs qui peuvent nous induire en erreur.

Nous constatons régulièrement que les individus sont plus susceptibles de commettre des erreurs de jugement social en raison de biais cognitifs lorsqu'ils sont heureux. Dans une étude, lorsqu'on a demandé à des participants, heureux ou tristes, de détecter le mensonge dans des déclarations vidéo de personnes accusées de vol (coupables ou non coupables), les participants d'humeur négative étaient plus enclins à les déclarer coupables, mais ils étaient aussi nettement plus performants pour distinguer correctement les suspects menteurs des suspects sincères.

Dans une autre expérience, les participants ont évalué la probabilité de véracité de 25 affirmations vraies et 25 affirmations fausses portant sur des questions de culture générale. On leur a ensuite indiqué si chaque affirmation était vraie. Deux semaines plus tard, seuls les participants tristes ont été capables de distinguer correctement les affirmations vraies des fausses. Ceux qui étaient de bonne humeur avaient tendance à considérer toutes les affirmations comme vraies, confirmant ainsi que la bonne humeur accroît – et la tristesse diminue – la tendance à croire que ce qui est familier est vrai.

La tristesse atténue d'autres biais cognitifs courants, comme « l'erreur fondamentale d'attribution », qui consiste à attribuer une intentionnalité au comportement d'autrui en ignorant les facteurs situationnels, et « l'effet de halo », selon lequel on a tendance à supposer qu'une personne possédant un atout – comme un beau visage – en possède probablement d'autres, comme la gentillesse ou l'intelligence. La tristesse peut également atténuer un autre biais cognitif, l'effet de primauté, qui se manifeste lorsque l'on accorde trop d'importance aux premières informations et que l'on néglige les détails ultérieurs.

Ainsi, une humeur négative peut améliorer la précision des jugements relatifs à la formation des impressions, en favorisant un style de pensée plus détaillé et attentif.

3. La tristesse peut accroître votre motivation.

Lorsque nous sommes heureux, nous souhaitons naturellement conserver cet état. Le bonheur nous indique que nous nous trouvons dans une situation sûre et familière, et qu'il est facile de changer quoi que ce soit. La tristesse, en revanche, agit comme un léger signal d'alarme, nous incitant à redoubler d'efforts et de motivation pour faire face aux difficultés de notre environnement.

Ainsi, les personnes plus heureuses seront parfois moins motivées à passer à l'action que celles qui sont d'humeur négative, lesquelles seront plus motivées à faire des efforts pour changer leur état désagréable.

Nous avons mis cette hypothèse à l'épreuve en présentant aux participants des films joyeux ou tristes, puis en leur confiant une tâche cognitive exigeante comportant de nombreuses questions difficiles. Sans limite de temps, nous avons pu mesurer leur persévérance en évaluant le temps total passé sur les questions, le nombre de questions auxquelles ils ont répondu et le nombre de réponses correctes. Nous avons constaté que les participants joyeux passaient moins de temps, traitaient moins de questions et obtenaient moins de bonnes réponses que les participants d'humeur négative, qui, spontanément, fournissaient plus d'efforts et obtenaient de meilleurs résultats.

Cela suggère qu'un état d'esprit triste peut accroître la persévérance face aux tâches difficiles, tandis qu'un état d'esprit joyeux peut la réduire. Ceci s'explique probablement par le fait que les individus sont moins motivés à fournir des efforts lorsqu'ils sont déjà de bonne humeur. À l'inverse, un état d'esprit triste peut renforcer la persévérance, car les individus perçoivent alors des bénéfices potentiels plus importants à l'effort fourni.

4. La tristesse peut améliorer les interactions, dans certains cas.

De manière générale, le bonheur favorise les interactions positives entre les personnes. Les personnes heureuses sont plus posées, plus affirmées et communiquent mieux ; elles sourient davantage et sont généralement perçues comme plus sympathiques que les personnes tristes.

Cependant, dans les situations où un style de communication plus prudent, moins direct et plus attentif est de mise, une humeur triste peut s'avérer utile. Dans une étude, des participants ayant visionné des films joyeux ou tristes ont été invités, à l'improviste, à demander un dossier à une personne travaillant dans un bureau voisin. Leurs demandes ont été enregistrées à leur insu grâce à un magnétophone dissimulé. Les analyses ont révélé que l'humeur triste incitait à formuler des demandes plus polies, plus élaborées et plus nuancées, tandis que l'humeur joyeuse privilégiait des stratégies plus directes et moins polies.

Pourquoi en serait-il ainsi ? Dans des situations interpersonnelles incertaines et imprévisibles, il est essentiel de prêter une attention particulière aux exigences de la situation afin d’élaborer la stratégie de communication la plus appropriée. Il faut être capable de décrypter les signaux et d’y répondre de manière adéquate. Les personnes tristes se concentrent davantage sur les signaux extérieurs et ne se fient pas uniquement à leur première impression, contrairement aux personnes joyeuses qui ont tendance à y accorder plus d’importance.

Dans d'autres expériences, nous avons constaté que les personnes d'humeur triste sont également plus persuasives, produisent des arguments plus efficaces et concrets pour étayer leur position et sont plus aptes à convaincre les autres que les personnes d'humeur positive.

Voici un autre exemple : dans les expériences en sciences sociales, les chercheurs utilisent le jeu de l’ultimatum pour étudier des concepts tels que la coopération, la confiance et la générosité. Ils donnent de l’argent aux participants et leur demandent d’en allouer la somme de leur choix à une autre personne, qui a le pouvoir d’accepter ou de refuser l’offre. Si l’offre est refusée, aucune des deux parties ne reçoit quoi que ce soit. Des recherches antérieures ont montré que ceux qui donnent ne sont pas uniquement motivés par la maximisation de leurs propres intérêts. Cependant, l’influence de l’humeur sur ces décisions n’avait pas encore été mesurée.

Mes collègues et moi avons demandé aux participants de jouer au jeu de l'ultimatum après avoir été amenés à ressentir de la joie ou de la tristesse. Nous avons mesuré le temps nécessaire à leurs décisions d'allocation et les sommes qu'ils ont données. Les personnes tristes ont donné significativement plus aux autres que les personnes joyeuses et ont mis plus de temps à se décider, ce qui suggère qu'elles étaient plus attentives aux besoins d'autrui et plus réfléchies dans leurs décisions.

De plus, lorsque les chercheurs ont examiné les receveurs pendant le jeu, ils ont constaté que ceux qui étaient tristes étaient également plus soucieux d'équité et rejetaient davantage les offres injustes que ceux qui étaient joyeux. En d'autres termes, l'humeur peut également influencer l'égoïsme et l'équité.

La tristesse n'est pas une dépression

Bien que l'on ait beaucoup insisté sur les nombreux bienfaits du bonheur, il est important de considérer que la tristesse peut aussi être bénéfique. Les personnes tristes sont moins sujettes aux erreurs de jugement, plus résistantes aux distorsions des témoignages, parfois plus motivées et plus sensibles aux normes sociales. Elles peuvent également se montrer plus généreuses.

Les bienfaits de la tristesse ont évidemment leurs limites. La dépression, un trouble de l'humeur caractérisé, entre autres, par des périodes de tristesse intenses et prolongées, peut être invalidante. Et personne ne suggère, par exemple, de provoquer la tristesse pour lutter contre le déclin de la mémoire. Les recherches ne démontrent d'ailleurs aucun bénéfice en ce sens.

Mes recherches suggèrent toutefois que des états de tristesse légers et passagers peuvent s'avérer bénéfiques pour gérer différents aspects de notre vie. C'est peut-être pourquoi, même si ressentir de la tristesse peut être difficile, nombre des plus grandes œuvres de l'art, de la musique et de la littérature occidentales explorent le thème de la tristesse. Dans la vie de tous les jours, on cherche souvent à éprouver de la tristesse, ne serait-ce que de temps à autre : en écoutant des chansons tristes, en regardant des films tristes ou en lisant des livres tristes.

La théorie de l'évolution suggère que nous devrions accueillir toutes nos émotions, car chacune a un rôle important à jouer dans certaines circonstances. Ainsi, même si vous cherchez à être plus heureux, ne refoulez pas votre tristesse à la légère. Elle a sans doute une raison d'être.

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COMMUNITY REFLECTIONS

2 PAST RESPONSES

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lolablevins Aug 31, 2014

I suspect that our brain is wired to be more attentive when sad to ensure survival in a situation that might be life threatening. I am curious whether sadness is triggered by or a product of our fight/flight/freeze response, or at least interacts with it. In any case, the happiness "gene" certainly can be tough for some people to find and hold on to!

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Hope Aug 29, 2014

Interesting research. I find the research that focuses on evolution very thought provoking.