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Vous Ne Quitterez Pas Ce Monde Seul

Hier après-midi, la directrice m'a appelée. Quand je lui ai demandé comment elle allait, elle a répondu : « Ça ne va pas. » Une des résidentes de l'établissement avait été hospitalisée et les médecins avaient dit qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps. Une amie et moi avions prévu de passer la soirée dans une crèche. Au lieu de cela, nous nous sommes retrouvées à l'hôpital public. À notre arrivée, elle était déjà décédée.

Pour vous donner un peu de contexte, quinze jours auparavant, j'étais assise avec elle, une autre détenue traduisant du bengali vers l'hindi, essayant de reconstituer les fragments de sa vie. Son mari l'avait quittée. Elle n'avait pas d'enfants. Ses deux frères et sœurs étaient décédés. Nous ignorions si ses parents étaient encore en vie. Des préparatifs étaient en cours pour la ramener dans son village du Bengale-Occidental si nous parvenions à retrouver sa maison.

Les hôpitaux m'ont toujours mise mal à l'aise. Pourtant, en voyant son visage familier, presque du même âge que ma mère, reposant paisiblement au milieu des tubes, je me suis sentie étrangement apaisée. Je lui ai tenu la main, encore chaude. Pendant que les formalités administratives se poursuivaient, nous sommes restées assises autour d'elle en silence. Je ne saurais l'expliquer, mais dans un lieu d'ordinaire si chaotique, c'était peut-être le moment le plus calme que j'aie jamais connu. Nous n'avions aucun lien de sang, et pourtant, d'une certaine manière, nous nous sentions tous connectés. Un membre du personnel a murmuré une prière.

Pendant qu'une vie s'était mise en pause, la vie continuait en arrière-plan.

Les hôpitaux publics en Inde ont une façon bien à eux d'enseigner l'humilité. Des gens d'apparence ordinaire y accomplissent un travail extraordinaire, souvent dans des environnements des plus simples.

Une jeune médecin, peut-être une interne, est venue retirer les tubes et les pansements. Pendant qu'elle opérait, des liquides de couleurs diverses s'écoulaient, mais elle n'hésitait pas, elle faisait preuve d'une extrême délicatesse. Des tâches que je croyais réservées aux aides-soignants, elle les accomplissait elle-même, avec une dignité tranquille. Une infirmière est venue et a délicatement appliqué des pansements aux endroits où se trouvaient les aiguilles.

Puis arriva l'infirmier avec un brancard et un linceul blanc pour envelopper le corps et le transporter dans la chambre froide. Au moment de soulever le corps, un jeune homme dont la femme était admise dans le lit voisin s'avança pour nous aider. Un inconnu aidant un autre inconnu.

Alors que nous nous dirigions vers la chambre froide, j'ai remercié notre responsable pour son appel de l'après-midi et pour ces moments passés ensemble. C'est alors qu'elle a fait remarquer : « Ici, sur notre lieu de travail, nous sommes témoins de la naissance, du mariage et de la mort, et de tout ce qui se passe entre les deux. »

Ses paroles m'ont marquée. Quelle chance de rencontrer la vie telle qu'elle est ! De telles rencontres nous rappellent notre fragilité. Mais elles révèlent aussi la bonté qui fait rarement la une des journaux. C'est peut-être cela, l'humanité. C'est peut-être cela, la compassion.

Le dossier de la défunte indiquait : « Inconnue ». Pourtant, elle n’a pas quitté ce monde seule. Et peut-être, même en l’absence de sa famille, la vie trouve-t-elle le moyen de murmurer une dernière assurance : tu ne quitteras pas ce monde seule.

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