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Comment Les Groupes façonnent Le Jugement Individuel

Les gens ont tendance à imiter leur entourage. Dans un ascenseur, presque tout le monde se tient debout, face à l'avant. Lors d'une conversation, les personnes ont tendance à adapter leur débit de parole, voire leur intonation.

Les jugements d'un groupe tendent également à converger. L'exemple classique de cet effet de conformité provient des études de Solomon Asch, menées pour la première fois dans les années 1950. Les participants appartenaient à un groupe et devaient évaluer la longueur de lignes. Lors de certains essais, le groupe a émis des jugements largement erronés. Lorsque les participants ont dû évaluer à nouveau la longueur de cette ligne par la suite, ils ont généralement orienté leur jugement dans le sens de celui du groupe, même s'ils pensaient que celui-ci avait probablement tort.

Les forces sociales influencent les jugements. Les individus souhaitent appartenir à un groupe ou éviter les désaccords ; ils modifient donc leurs jugements pour se conformer à l’opinion du groupe. Diana Kim et Bernhard Hommel suggèrent, dans le numéro d’avril 2015 de la revue Psychological Science, que ces effets de conformisme peuvent aussi découler naturellement de la manière dont les individus se représentent les événements qui se déroulent autour d’eux.

Lorsqu'on observe un événement, on le comprend en partie grâce aux mêmes zones cérébrales que celles utilisées pour se préparer à le réaliser. Par la suite, il peut être difficile de distinguer les événements observés des événements réalisés, car les deux impliquent des informations sur les mouvements précis nécessaires à leur exécution.

Pour explorer cette idée en lien avec le conformisme, les chercheurs ont demandé aux participants d'évaluer l'attractivité d'une série de visages. Les participants ont effectué deux évaluations au cours de l'étude en saisissant un chiffre au clavier. Après chaque évaluation, ils voyaient soit un chiffre, soit une courte vidéo montrant une main tapant un chiffre sur un clavier d'ordinateur similaire à celui qu'ils utilisaient. Il leur a été précisé qu'ils verraient ces chiffres et ces vidéos, mais que ceux-ci n'avaient aucun lien avec les visages qu'ils évaluaient.

Le principal critère d'évaluation de cette étude est la note attribuée par les participants lors de leur deuxième vision des visages. Lorsque les participants avaient visionné des vidéos d'une main tapant un chiffre, leurs notes étaient fortement influencées par ce qu'ils avaient vu. Globalement, on a constaté une tendance à juger les visages moins attrayants lors de la seconde vision.

Cependant, si la main affichée dans la vidéo attribuait une note inférieure à celle que le participant avait lui-même donnée pour ce visage, sa propre note baissait considérablement. Lorsque la main attribuait une note supérieure à celle du participant, la note de ce dernier restait sensiblement la même que lors de sa première évaluation. Enfin, lorsque la main attribuait la même note que celle du participant, la seconde note de ce dernier se situait entre celles attribuées pour les visages où la note affichée par la main dans la vidéo était supérieure ou inférieure à sa note initiale.

Ce schéma d'évaluation lors du second passage sur les images reflète un effet de conformité : la simple présentation de chiffres n'a pas produit d'effet de conformité ; lorsque les participants voyaient uniquement des chiffres après chaque visage, cela n'a eu que très peu d'impact sur leurs secondes évaluations. La présence de la main s'est avérée déterminante.

Dans une autre étude, les participants évaluaient des visages et voyaient des chiffres après chaque évaluation. On leur indiquait cependant que ces chiffres correspondaient à la note moyenne attribuée à cette photo par les étudiants de leur université. Dans cette version de l'étude, un effet de conformité a été observé, mais l'influence de ces chiffres était moindre que dans l'étude portant sur les vidéos.

Lorsque des personnes représentent explicitement les actions d'une autre (comme la vidéo de la main), cela crée un phénomène similaire à l'effet de conformité classique. L'impact du visionnage d'une action par une autre personne est au moins aussi fort que celui de la prise en compte des jugements d'un autre groupe.

Bon nombre de ces résultats pourraient refléter les souvenirs que les gens conservent des actions d'autrui, car ces souvenirs impliquent des zones du cerveau responsables de la planification des actions. De prime abord, il peut sembler étrange que l'on puisse confondre ses propres actions avec celles des autres. Ce n'est que récemment, au cours de notre évolution, qu'il est devenu important de savoir si nos souvenirs reflètent une action que nous avons nous-mêmes menée ou une action que nous avons observée. Culturellement, nous attachons une grande importance à l'attribution de la responsabilité à des individus précis. Pour la plupart des autres espèces, cependant, à long terme, il importe peu que certains animaux possèdent des souvenirs détaillés de l'identité exacte de la personne ayant accompli quelle action par le passé.

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