Back to Stories

Les Gens peuvent-ils Changer ?

Un jour, après une conférence que j'avais donnée sur l'altruisme , une personne dans l'assistance s'est levée et a dit d'un ton irrité : « Qu'espérez-vous en nous encourageant à cultiver l'altruisme ? Regardez l'histoire de l'humanité ! C'est toujours la même chose ! Une succession ininterrompue de guerres et de souffrances. C'est la nature humaine, vous n'y pouvez rien ! »

Cet essai est une adaptation du nouveau livre de Matthieu Ricard, <a data-cke-saved-href=“http://www.amazon.com/gp/product/0316208248/ref=as_li_tl?ie=UTF8&camp=1789&creative=390957&creativeASIN=0316208248&linkCode=as2&tag=gregooscicen-20&linkId=GEMFAPVHF7LQU54Z“ href=« http://www.amazon.com/gp/product/0316208248/ref=as_li_tl?ie=UTF8&camp=1789&creative=390957&creativeASIN=0316208248&linkCode=as2&tag=gregooscicen-20&linkId=GEMFAPVHF7LQU54Z » ><em>Altruisme : le pouvoir de la compassion pour se changer soi-même et changer le monde</em></a> (Little, Brown, 2015).

Mais est-ce vraiment le cas ? Nous avons constaté que les cultures peuvent évoluer. Par exemple, nous sommes passés d’une conception de la torture comme un spectacle public tout à fait acceptable et de la guerre comme un acte noble et glorieux, à une tolérance de plus en plus faible envers la violence et à une perception croissante de la guerre comme immorale et barbare. Mais l’individu peut-il changer ? Et si oui, ce changement a-t-il une influence sur la société et sur les générations futures ?

Certes, nos traits de caractère évoluent peu tant que nous ne faisons rien pour les améliorer. Mais ils ne sont pas figés. Nos traits fondamentaux, fruits de notre patrimoine génétique et de notre environnement, ne constituent que le socle de notre identité. Les recherches scientifiques en neuroplasticité montrent que tout apprentissage entraîne une reconfiguration cérébrale, tant sur le plan fonctionnel que structurel.

La société et ses institutions influencent et conditionnent les individus, mais ces derniers peuvent à leur tour faire évoluer la société et transformer ses institutions. Au fil des générations, la culture et les individus s'influencent mutuellement.

Si nous voulons encourager le développement d'une société plus altruiste, il est important d'évaluer les capacités de changement respectives des individus et de la société. Les découvertes scientifiques des dernières décennies montrent que notre patrimoine génétique, aussi influent soit-il, ne représente qu'un point de départ qui nous prédispose à certaines dispositions. Ce potentiel – et c'est un point crucial – peut ensuite s'exprimer de multiples façons sous l'influence de notre environnement et grâce aux efforts que nous déployons pour développer nos capacités intellectuelles et physiques. Il est donc plus pertinent de comparer notre patrimoine génétique à un plan architectural susceptible d'être modifié au fur et à mesure de la construction, ou encore à un thème musical sur lequel un interprète improvise.

Comment le cerveau et le corps évoluent

La plasticité cérébrale joue un rôle majeur dans notre capacité de transformation individuelle. Pendant longtemps, un dogme quasi universellement accepté en neurosciences affirmait qu'une fois formé et structuré, le cerveau adulte ne produit plus de neurones et ne change que par déclin avec l'âge.

Nous savons aujourd'hui que cette doctrine était totalement erronée. L'une des découvertes majeures de ces trente dernières années concerne la neuroplasticité, un terme qui tient compte du fait que le cerveau se modifie constamment lorsqu'un individu est confronté à de nouvelles situations. Le cerveau adulte demeure en effet extraordinairement malléable. Il a la capacité de produire de nouveaux neurones, de renforcer ou de diminuer l'activité des neurones existants, et même d'attribuer une nouvelle fonction à une zone du cerveau qui remplit habituellement une fonction complètement différente.

Il existe un second mécanisme permettant aux individus de changer : l’épigénétique. Pour qu’un gène hérité de nos parents soit actif, il doit être « exprimé », c’est-à-dire transcrit sous la forme d’une protéine spécifique agissant sur l’organisme qui le porte. Mais si un gène n’est pas exprimé, s’il reste « silencieux », c’est comme s’il était absent.

Matthieu Ricard

Les progrès récents en génétique ont révélé que l'environnement peut modifier considérablement l'expression des gènes par un processus appelé épigénétique. Cette expression peut être activée ou désactivée sous l'influence non seulement de facteurs externes, mais aussi de nos états mentaux.

Deux jumeaux monozygotes, par exemple, qui possèdent exactement les mêmes gènes, peuvent acquérir des caractéristiques physiologiques et mentales différentes s'ils sont séparés et exposés à des conditions de vie dissemblables. Scientifiquement parlant, on dirait qu'ils sont génétiquement identiques mais phénotypiquement différents. De même, une chenille et un papillon possèdent exactement les mêmes gènes, mais ceux-ci ne s'expriment pas de la même manière, selon les différentes phases de la vie de l'insecte.

Ces modifications de l'expression des gènes sont plus ou moins durables et, dans certains cas, peuvent même être transmises d'une génération à l'autre, malgré l'absence de changement dans la séquence d'ADN des gènes eux-mêmes. Ces découvertes ont véritablement révolutionné le domaine de la génétique, car jusqu'alors, la notion même de transmission des caractères acquis était considérée comme une hérésie. L'influence des conditions extérieures est donc considérable, et nous savons aujourd'hui que cette influence a des répercussions jusqu'au niveau de nos gènes.

L'entraînement mental à cultiver les émotions positives peut-il induire des modifications épigénétiques ? Des études menées au laboratoire de Richard Davidson dans le Wisconsin, en collaboration avec la généticienne espagnole Perla Kaliman, montrent qu'en une seule journée , huit heures de méditation axées sur la pleine conscience, l'amour altruiste et la compassion suffisent à provoquer d'importantes modifications épigénétiques. On entrevoit ainsi la possibilité d'une transformation épigénétique chez un individu, due non seulement à l'influence de l'environnement, mais aussi à un entraînement volontaire visant à cultiver des qualités humaines fondamentales.

Devenir des êtres différents

Il semble qu'une transformation simultanée des cultures et des individus soit possible. Les enfants qui grandissent dans une culture où prévalent les valeurs altruistes et où la société encourage la coopération ne changeront pas seulement dans leur comportement immédiat, mais aussi dans leur attitude générale et leurs dispositions mentales. Ils seront différents, non seulement parce qu'ils se conformeront aux nouvelles normes culturelles et aux nouvelles règles établies par les institutions, mais aussi parce que leur cerveau se sera développé différemment et que leurs gènes s'exprimeront différemment. Ainsi, un processus dynamique d'influences mutuelles se poursuivra de génération en génération.

En définitive, ce sont des individus qui instaurent les régimes totalitaires, et d'autres qui les renversent pour établir la démocratie. Ce sont des individus qui commettent des génocides en déshumanisant leurs semblables, et ce sont d'autres individus, parfois leurs contemporains, qui promulguent la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Malgré les progrès considérables accomplis dans les domaines de la démocratie, des droits des femmes, des droits humains en général, de la justice, de la solidarité et de l'éradication de la pauvreté et des épidémies, il reste encore beaucoup à faire. Il serait regrettable de négliger le rôle de la transformation personnelle dans la poursuite des changements.

L'une des tragédies de notre époque semble être de sous-estimer considérablement la capacité de transformation de l'esprit humain, étant donné que nos traits de caractère sont perçus comme relativement stables. Il est rare que des personnes colériques deviennent patientes, des personnes tourmentées trouvent la paix intérieure, ou des personnes prétentieuses deviennent humbles. Il est indéniable, cependant, que certains individus changent , et le changement qui s'opère en eux montre que ce n'est pas impossible. Nos traits de caractère persistent tant que nous ne faisons rien pour les améliorer et que nous laissons nos attitudes et automatismes tels quels, ou bien nous les laissons se renforcer avec le temps. Mais c'est une erreur de croire qu'ils sont immuables.

Sachant que l’émulation, l’inspiration et le pouvoir des exemples vivants — les aspects nobles du conformisme — sont à la fois le cadre qui assure la stabilité et la continuité des cultures, et la force motrice de leur transformation et de leur expansion, il nous incombe d’incarner, dans notre être et notre comportement, l’altruisme que nous voulons encourager : le messager doit être le message.

Au cours des cinquante dernières années, nous avons vu se développer une aversion pour la guerre et nous avons constaté la diffusion de l'idée que la Terre n'est qu'un « grand village ». Cette évolution est en marche. Il suffit peut-être d'y participer, en apportant notre pierre à l'édifice, notre goutte à l'océan. Mais nous pouvons aussi choisir de la faciliter et de l'amplifier activement, tel un catalyseur accélérant une réaction chimique.

Adapté de *Altruisme* . Copyright © 2015 par Matthieu Ricard. Traduction © 2015 par Little, Brown and Company.

Share this story:

COMMUNITY REFLECTIONS

3 PAST RESPONSES

User avatar
bhupendra madhiwalla Oct 9, 2015

Yes Marco, you are right. Some times I feel am I connected with myself? There is disconnect everywhere and without connection there cannot be empathy, sympathy and altruism. I am involved in rural development, social and economical, since 12 years in Maharashtra, India and am fortunate that I am touching lives of more than 50,000 persons. More fortunate that I have been mentor to many, changing their ind-set and life style.
Love
Bhupendra

User avatar
bhupendra madhiwalla Sep 10, 2015
Yes, world wars have stopped but minor-wars have mushroomed. Korea, Vietnam, Iran, Iraq, Afghanistan, Yugoslavia, Libya, Tunisia, Egypt, Sudan, India-Pakistan, Bangladesh and many more. Aversion to war should be in people with political, economical and military power (less than 2%of world population) because the remaining 98% are impotent regards this matter. It seems we, businesses and people in some kind of power, are not interested in curbing violence, otherwise the simplest solution would be to shut all manufacturing plants of arms and ammunition. We have created terrible social, economical, political, environmental and educational environment all over the world and that will impact our psyche and behavior, as we understand that environment has terrific impact on our society, genes and future generation through passing on of acquired behavior (Lamarck). Two attitudes curb individuals to change: a. how can one single person impact the society and b. 'quid pro quo' expectation. Milli... [View Full Comment]
User avatar
NICELADY MARY Sep 9, 2015
Interesting reading. Mostly good information, but I have to disagree with certain point. The article states: "We have seen that cultures can evolve. For example, we have gone from regarding torture as an entirely acceptable public spectacle and war as noble and glorious, to tolerating violence less and less, and increasingly regarding war as immoral and barbaric" - Perhaps in some countries this may be true, but it seems over the past few decades America has witnessed a resurgence of the glorification of war. Sadly, our nation has been at war with someone, somewhere on the earth for decades it seems, most recently for oil profits. Unfortunately, now we have come to a point where war is so intensely glorified that volunteers for war are somehow considered as "heroes" instead of those Americans who promote peace, tolerance, understanding and diplomacy. The industrial military complex is big business and politicians have no plans to lesson its beastly, ravenous hunger. Who know... [View Full Comment]