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Cet été, son fils Nathan a exploré les sources du fleuve Mississippi au parc d'État d'Itasca, dans le Minnesota.
Dès ton plus jeune âge, tu venais te blottir sur mes genoux pour jouer. Je posais mes mains sur chaque partie de ton corps et la nommais à voix haute. On commençait par tes cheveux, que je surnommais « l'herbe », et on descendait lentement jusqu'à tes petits orteils. Tu as vite appris les différentes régions de ton cerveau, les organes de ton torse et tes sept chakras.
Notre jeu ne se résumait pas à nommer et à apprendre. Il s'agissait surtout d'attention et de tendresse. Tu recherchais les sensations physiques que mes mains te procuraient avec douceur, te chatouillant et te caressant d'une manière rassurante et prévisible. Mes caresses te faisaient rire, mais elles t'apaisaient et te réconfortaient aussi. Quand tu avais sommeil, tu demandais « des parties du corps ». Quand tu étais triste, « des parties du corps ». Quand tu étais enrhumé, « des parties du corps ». Au moins une fois par jour, « des parties du corps ».
Chaque partie de « parties du corps » durait une demi-heure, voire plus. Franchement, il m’arrivait de ne pas avoir envie de jouer quand tu jouais, surtout quand j’étais fatiguée. Mais nos moments ensemble étaient trop précieux, trop éphémères, pour que je te refuse quoi que ce soit. Quand tu as enfin été trop grande pour mes genoux et que notre jeu s’est terminé, comme ce rituel intime me manquait ! Il a fallu en inventer d’autres.
Tu as bientôt dix-huit ans et tu t'apprêtes à entrer en terminale. Après avoir soigneusement étudié les différentes options offertes par notre district scolaire pour la rentrée, tu avais opté pour une formule hybride, combinant cours en ligne et en présentiel (y compris l'anatomie humaine). Mais l'établissement vient de t'informer qu'aucun de tes cours ne sera proposé en distanciel. Tu n'as donc d'autre choix que d'assister aux cours en présentiel et d'en assumer les risques.
Vous vous sentez trahi par ce processus. Moi aussi.
Hier, nous étions assis ensemble sur le canapé, à discuter de ça et d'autres sujets d'adultes. Une partie de toi est déjà un homme ; une autre, m'as-tu dit, « n'est pas prête pour l'âge adulte, et ne le souhaite pas ». Une partie de toi veut tout me dire ; une autre veut se cacher. Une partie de toi ne comprend pas comment je peux être « aussi heureuse tout le temps » — comment je peux chanter et plaisanter en pleine pandémie, alors que le pays s'effondre, que mes deux parents sont malades et loin de moi, et que j'ai une pile de projets qui ne cesse de s'accumuler. Pendant ce temps, une autre partie de toi s'efforce désespérément de me « protéger » de tout ce qui pourrait me rendre malheureuse. Ce sont ces « parties » que nous touchons en ce moment, dans ce jeu tendre auquel nous jouons.
Je veux que tu saches que je vois toujours le garçon en toi. En tant que ta mère, je verrai toujours ce garçon, quel que soit ton âge. Mais je vois aussi – et je crois en – le bel homme que tu deviens, même quand tu n'en es pas encore capable.
Je tiens à ce que tu saches que chaque fois que tu as quelque chose à dire, je serai là pour t'écouter, et que tu n'as jamais besoin de me cacher quoi que ce soit par peur ou par honte. Mais je ne m'attends pas non plus à ce que tu me dises tout. Tu as droit à ta vie privée. C'est à toi de décider par quelles portes de ton âme je veux m'ouvrir. Je dois toutefois te prévenir : il se peut que je frappe à une porte fermée, et si tu ne réponds pas, je pourrais bien m'asseoir par terre et attendre. (Ne sois pas surpris si je me mets à chanter.)
Je tiens à ce que tu saches que, contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas heureuse tout le temps ; que parfois je chante ou je plaisante parce que je suis malheureuse . Ces choses m’aident à gérer mes émotions, comme pleurer un bon coup, faire une longue promenade ou me confier à une personne de confiance. Pour moi, la vie ne se résume pas au bonheur. Il s’agit d’accepter que la vie, aussi merveilleuse soit-elle, est difficile. (J’y travaille encore.)
Je tiens à ce que tu saches que tu n'as pas besoin de me protéger, même si j'admire ta gentillesse. Je ne suis pas de verre. Je suis comme du daim : un cuir souple, mais résistant. Mon amour pour toi est plus fort que n'importe quelle douleur que je pourrais endurer à cause de toi.
Voici mon souhait : où que tu ailles, quand tu es anxieux, en colère, effrayé ou seul, souviens-toi de ces moments passés sur mes genoux, tout petit. Sens ma main posée délicatement sur ta tête, sur ton cœur, sur ton épaule. Et souviens-toi, à cet instant, que où que je sois, quoi que je fasse, je pense à toi.
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4 PAST RESPONSES
Thank you so much for this beautiful post. As the mother of five grown sons (and 2 daughters), I remember those same feelings as they were growing up. I feel richly blessed for all we have shared through the years. Blessings to you and yours.
What a beautiful gift!!! I've enjoyed every bit of it... My heartfelt gratitude for sharing it. Blessings. Namasté!
Whether it is some preciousness or some pain or some combination of the two, we spend so much time remembering. Perhaps, in a way, we are always remembering. As I read this letter I was aware that over my right shoulder atop the file cabinet six feet behind me is a birthday card with a message from my mother written almost sixteen years ago. Although she passed on in August 2012, that card and its message lives on and is always close by. Thank you for the heart-to-heart communication, the heart-to-heart connection, the encirclement of the heart.
Thank you for this beautiful touching letter from mother to son, feeling the warmth, comfort, and gentle loving kindness through the laptop screen. How fortunate your son is to have a mother like you who understands the complexities of being a young man and shares gentle guidance while also recognizing the layers of that age. Thank you for the reminder of being like suede, soft yet strong. I needed this today. <3