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Vous Trouverez ci-dessous La Transcription d'un épisode Du Podcast Insights at the Edge De SoundsTrue, Avec Tami Simon Et Mark Nepo. Vous Pouvez écouter La Version Audio De La Conversation ici.

Tami Simon : Dans Cet épisode d' Insights at the Edge , Nous Avons Le Plaisir d'accueillir Mark Nepo, poète, conteur, maître Spirituel Et Ami Que Nous Aimons beaucoup. Permettez-moi De Vous Parler Un Peu De lui. on l'a qualifié – tenez-vous Bien – De l'un Des Plus Grands Guides Spirituels De Notre époque, Et Je Crois Que c'est Tout à Fait justifié. À La trentaine, Mark a été diagnostiqué d'une Forme Rare De lymphome, Une épreuve Qui a contribué à Forger Sa philosophie : « Vivre Pleinement Sa Vie Tout En Restant En Lien Avec Un Avenir incertain. »

Mark Est l'auteur De Plus De 20 Livres Et De 16 Projets audio, Dont Plusieurs En Collaboration Avec Sounds True. Il Est l'auteur Du best-seller numéro Un du New York Times , *Book of Awakening* , Et Il Vient De Publier Un Nouveau Recueil De poésie intitulé * The Half-Life of Angels : Three Books of Poems* , Et Nous Sommes réunis aujourd'hui Pour célébrer Sa sortie. Mark, bienvenue !

Mark Nepo : Merci, Tami. C’est Un Vrai Plaisir d’être Avec vous. Je Suis Tellement enthousiaste… Je Me Souviens Vous Avoir parlé Il Y a Quelques années De l’idée De Ce Livre Qui commençait à Germer En moi. Et même Si j’ai publié De Nombreux Ouvrages Et Que j’ai Eu Beaucoup De chance, celui-ci Me Tient particulièrement à cœur.

TS : Mark, Je Dois Dire Que Vous Dites ça Pour Chacun De Vos livres, Et c’est Tout à Fait juste. Vous Avez Un Don Exceptionnel Pour Trouver Des titres. J’adore Vos titres. Je Suis Curieux De savoir, premièrement, Comment Vous Trouvez Le titre, Et deuxièmement, parlez-nous Un Peu De celui-ci : « La Demi-Vie Des Anges » .

MN : Oui. Les Titres Sont Donc très intuitifs. Après Avoir exploré Le Sujet Du livre, à Un Moment donné, Une image, Une sensation, Quelque Chose résonne Plus Fort Que Tout Le reste, Comme Un Point d’ancrage. Et Je Sais Que c’est ça. Pour celui-ci, c’est Venu Avant même Que Je Comprenne Sa signification. Je Savais Juste que « La Demi-Vie Des Anges » était ça. Au Fur Et à Mesure Que Je Terminais Le Recueil – Et c’est Tellement Ce Que représentent Les poèmes Pour Moi –, Ils résonnent En Moi Comme Une vérité Et Deviennent Mes guides. Je Dois Entretenir Cette Relation Pour Comprendre Ce Que j’ai à apprendre.

Au Fil Du temps, j'ai découvert Que Ce Processus créatif Est Avant Tout Une démarche introspective. Il Se Trouve Que Je Le Couche Sur Le papier. Ainsi, « La Demi-Vie Des Anges » représente Cette étincelle De devenir, Cette Essence spirituelle. Nous Connaissons Tous La Traditionnelle représentation De Dieu Et d'Adam Par Michel-Ange Dans La Chapelle Sixtine, Ce Petit espace. C'est Comme La Synapse De l'esprit, Cette étincelle De Force Vitale Qui Unit Toute chose. C'est cela, La demi-vie Des anges. Ainsi, Tous Les poèmes De Ces Trois livres, réunis En Un Seul volume, Explorent Et Affirment Cette mystérieuse étincelle De devenir.

TS : Mark, Tu as Dit Quelque Chose De très intéressant : Tu as « reçu » Le titre, En Quelque sorte, Et Tu n'étais même Pas sûr De Sa Signification Au départ. J'ai Eu Un Moment De Stupeur : « Quoi ? Il écrit Comme Un Scribe ! » Je Pense Que Les Gens Ont différentes Explications à Ce Genre De choses, Surtout s'ils Pratiquent l'écriture Automatique Ou Quelque Chose Du genre. Certains Disent : « Oh, c'était Un guide. C'était extérieur à moi. Je Ne Savais même Pas Ce Que c'était. » Mais Tu n'utilises Pas Vraiment Ce langage. Comment l'interprètes-tu ? Tu as reçu Un titre… Tu Ne l'as Pas créé Par Ta pensée. Il Se Passait Autre chose.

MN : Exactement. Donc, Pour moi, Je Ne Suis Pas Une canalisation, Mais Je Ne Suis Pas Non Plus La Seule créatrice ; Tout Est Question De relation. Je Suis En relation, Par Mon authenticité, Avec Tout Ce Qui n’est Pas moi. J’ai Le Sentiment Que Cela m’a appris, Dans Ma Propre vie, Que Notre authenticité Nous Permet De Nous libérer De Ce Qui Nous définit Afin De Pouvoir Nous Connecter Au Spirituel Et Aux autres.

J'aime Donc Dire Que Je récupère Des poèmes Et Des livres. Je Ne Suis Pas Un canal, Je Ne Suis Pas Un Simple réceptacle, Mais Je Ne Suis pas… C'est l'erreur De l'Occident : Vouloir être De Petits dieux, « Oh, j'ai Tout créé à Partir De rien ! » Eh bien, Ce n'est Pas ça Non plus. C'est Simplement que, grâce à Cette relation, Je Suis Suffisamment réceptive.

Une Autre Image Me Vient à l'esprit : Celle d'un Bras De mer. L'eau s'y Engouffre Et Irrigue Les Terres En amont. Or, Si Ce Bras De Mer Est obstrué Par Des débris Et Des pierres, Rien Ne Peut passer. Notre authenticité Purifie Ce Bras De Mer qu'est Chaque âme, Et Alors Seulement Nous Sommes Enrichis Par Le Reste De La Vie Et Nous Nous épanouissons.

TS : Maintenant, Cette Notion d’authenticité, « c’est Ce Qui Me Permet De Rencontrer Tout Ce Qui n’est Pas moi », c’est Ce Que Vous Avez dit. Sur Le coup, Je Me demande : « Que Signifie Exactement “c’est Mon authenticité” ? » Comment Savoir Si Je Suis Vraiment Dans Mon « authenticité », Ou Si Je Vis Pleinement Mon authenticité ?

MN : Eh bien, Et Cela Me Fait réfléchir, Quand Vous Utilisez Le Mot repos, Cela Me Fait Penser Au Sens Bouddhiste De La foi. Je Crois Que Le Mot Est sanha, Qui Signifie Reposer Son cœur Dans La vérité. Qu'est-ce Que Cela Signifie Pour moi ? Cela Signifie Que j'essaie d'avancer Au Rythme De La réalité, Et être authentique, Pour moi, c'est être fidèle à Toute La Gamme De Mes sentiments, Quels qu'ils soient. Je Peux Avoir peur, être confus, souffrir, Mais Lorsque Je Suis sincère à Ce sujet, Cela Me Relie Comme Une Racine Qui s'enfonce Dans La terre. Cela Me Relie Au Reste De La vie, Et j'en Tire Force Et clarté. Si Je Ne Suis Pas authentique, Je Me Sens bloqué.

Il Est intéressant De Noter qu'en Chinois ancien, Le Terme Le Plus Proche De « péché » n'est Pas « mal », Mais « opacité ». C'est l'état d'aveuglement, d'incapacité à être authentique. L'authenticité, Qui Vient également Du grec, Signifie « la Marque Des mains ». Être authentique, c'est Laisser Son cœur s'exprimer, c'est Laisser Son être intérieur Se Manifester Dans Le monde. Si Je t'aime Et Que Tu Tombes Devant moi, j'essaie De Te Rattraper Ou De Te soutenir. Ce Qui Est En Nous Se reflète Dans Nos actes, c'est Cela être cohérent. Je Ne Me Contente Pas De Dire « je t'aime ». Quand Tu tombes, Je Te Le prouve.

TS : La Marque Des mains.

MN : Mains.

TS : Je Trouve ça Tellement beau. Mark Nepo, c’est Vraiment magnifique. En Abordant Notre conversation, j’ai réalisé La Question Que Je Voulais Vraiment Vous poser. Bien sûr, Je Souhaite Que Nos Auditeurs découvrent La Superbe poésie De *The Half-Life of Angels* , Et j’aimerais Aussi Parler Davantage De Votre Processus d’écriture poétique, Mais La Question Qui Me Tenait à cœur En Venant à Vous Est liée Au cœur.

Ce Que Je Voulais savoir, c'est Comment Revenir à Son cœur Et Approfondir Ce Sentiment d'y résider lorsqu'on Se Trouve En Dehors De Cette expérience ? Car Vous Parlez Ici Du cœur Qui s'exprime à Travers Nos mains, Et Je Crois Que c'est Ce Que Je Ressens Dans Votre travail.

Pour Ajouter Un Peu Plus De précision, Parfois Les Gens Sont authentiques, Mais on n'a Pas l'impression qu'il Y Ait Beaucoup d'émotion Dans Ce qu'ils disent ; Ils Sont Authentiques lorsqu'ils Vous Racontent Ce Qui Se passe, qu'ils Se défoulent, etc., Mais Il Y a Quelque Chose De différent Dans Cette qualité d'émotion Qui transparaît à Travers Leurs paroles, Et c'est Ce Que j'aimerais Entendre davantage.

MN : J’ai l’impression d’avoir appris, Et Je Pourrais Le Dire ainsi, que, mystérieusement, Il Y a Eu Quelques Moments Dans Ma vie, Comme Pour Nous tous, où Mon cœur a été brisé, Et Je n’avais Aucune idée De Comment j’allais m’en Sortir Ni Comment Il Allait Se réparer. Je disais, Je Viens d’avoir 72 ans. Jusqu’à présent, peut-être Que Ce Sera différent La Prochaine fois, Mais jusqu’à présent, Je Peux Dire que, mystérieusement, à Chaque fois, Non Seulement Mon cœur s’est reconstruit, Mais Il était Plus grand, Plus fort, Plus Doux Et Plus aimant.

Je Ne Sais Pas Exactement Comment Cela fonctionne, Mais Je Suis Un étudiant, Un étudiant De Longue Date De Ce mystère. Pour moi, Et Je Pense Que c'est Le Cas Pour Nous tous, La dureté De La Vie Nous repousse. La Peur Et La Douleur Nous crispent, Et alors, Quelle Que Soit Notre pratique, Notre rôle Est De Nous Ouvrir Lorsque Nous Nous Crispons Et De Nous Rapprocher Lorsque Nous Sommes repoussés.

Il Y a Donc Une beauté Profonde à reconnaître La vérité De Ce Que Je traverse, même Si Je Souffre ; Cela Ouvre à Nouveau Mon cœur. Si Je Suis Triste Et Que Je Le refuse, Les Choses empirent. Si Je Me Dis : « Oh, Je Ne Veux Pas être Triste », Eh bien, Le Plus souvent, c'est Parce Que Je Le Suis déjà, Et Je Dois Donc l'admettre. Le Mot « Admettre » Signifie à La Fois Confesser Ou reconnaître, Mais Il Signifie Aussi Laisser entrer, admettre.

Ainsi, Lorsque Je Suis sincère Avec Mes sentiments, Je Reconnais Non Seulement La beauté De Ce Qui est, même Si c'est difficile, Mais Je m'ouvre Aussi à La vie. Alors, Quand Je Suis confuse, troublée Ou Quoi Que Ce Soit d'autre — Car Je Pense Que Nous Sommes Tous En mouvement, étant Humains —, Je m'engage à être Pleinement présente. Bien sûr, Il Y a Des Moments où Je Le Suis moins. Je m'engage à Rester centrée. Bien sûr, Il Y a Des Moments où Je Suis désorientée. Le cœur Nous Aide Tellement à revenir. Pour moi, Toute Pratique Est Avant Tout Une Pratique De retour.

Alors, Si Je Suis perdu, Assis Ici Dans Mon Bureau – Que Je Souffre Ou Que j'aie Peur –, j'essaie De Ne Rien retenir, d'ouvrir Mon cœur Et De Me Concentrer Sur La Paix intérieure La Plus Proche jusqu'à Ce qu'elle Devienne Mon guide. Et Cela Me Rend Toujours Plus Proche De La Vie Et Me Donne accès à Davantage De ressources.

TS : Alors Mark, parlez-moi De ça, De Se Concentrer Sur Le Fragment De Vie Le Plus proche. Vous Voulez Dire Que Le Fragment De Vie Le Plus Proche Pourrait être…

MN : Oui, absolument, Comme Une Mouche Sur La vitre, Ou La Feuille Qui Commence à Bourgeonner Sur Cet arbre, Car c'est Le printemps, Ou Encore Zuzu, Ma chienne, Qui Arrive Soudainement Et Que Je Reste plantée Devant Ses Longs Cils dorés Pendant Cinq minutes. [RIRES] Alors, Quoi Que Ce soit, Et Cela Nous ramène à Cette synapse, Cette étincelle De devenir, Cette demi-vie Des Anges Qui n'est qu'un symbole, c'est Que Lorsque Nous Sommes Authentiques Et Que Notre cœur Est ouvert, c'est Comme Lorsque Des Fils Se Connectent Et Que l'électricité circule. C'est Ainsi Que Nous Nous Connectons Au réseau De Force Vitale Qui Traverse Toutes Les relations, Absolument toutes. on Peut Trouver Ces Choses Dans Les Endroits Les Plus simples.

Je Voulais Juste Vous Raconter Une Petite anecdote : récemment, j’étais à La Modern Elder Academy Au Mexique, Un Endroit magnifique. Juste Avant Le début De La retraite, Le Matin (elle commençait Le soir), Je Marchais Sur La Plage Quand Une Participante Est Venue Me Voir Et m’a dit : « Je Sais qu’on Ne Commence Pas encore. Je Ne Veux Pas Vous déranger. Puis-je Vous Poser Une question ? » J’ai répondu : « Bien sûr, Bien sûr. »

Elle a Dit : « Eh bien, Il Vient De Se Passer Quelque Chose Sur La Plage Et Je Ne Sais Pas Trop Quoi penser. » J'ai adoré qu'elle Dise : « Je Ne Sais Pas Trop Quoi penser. » C'est Une Belle sincérité, Et voilà Un Petit Moment De Vie Qui Attire Notre attention. Elle Marchait Sur La Plage Quand Elle a Vu Un Gros Poisson échoué Sur La plage. Elle s'est demandée : « Est-ce Que Je Peux Le Sauver ? Sinon, est-ce qu'il Va Finir Dans La chaîne Alimentaire ? » Elle a trouvé Un Morceau De Bois flotté, l'a Remis à l'eau et, Cinq Minutes Plus tard, Elle En a trouvé Un autre. Elle a répété : « Je Ne Sais Pas Trop Quoi Penser De ça. »

Voilà Donc Un Exemple De Vie : En Lui Accordant Toute Mon attention, Elle a Tendu La Main Vers Une Autre et, ensemble, Nous l'avons explorée. De Cette exploration, Venue Du cœur, Est née Cette idée Que Les Optimistes Et Les idéalistes s'exclament : « Il Faut Sauver Tous Les Poissons ! », Tandis Que Les Pessimistes rétorquent : « on Ne Peut Pas Tous Les sauver, Alors à Quoi Bon ? » Mais Je Crois Que La beauté De Cette étincelle De vie, De Cet Engagement Envers elle, réside Dans Le Fait Que Nous Ne Sommes Pas là Pour Sauver Tous Les poissons, Ni Pour détourner Le regard. Nous Sommes là Pour Sauver Celui Qui Se Trouve Devant Nous Et Continuer Notre chemin.

TS : Mark, Concernant Le Processus De réception Des poèmes, Quel Est Le Lien Avec Le Fait De Porter Toute Son Attention à Un élément De l’environnement Qui Nous interpelle ? Quel Est Le rapport ?

MN : Eh bien, Le lien, Et Cela Vous ramène à Votre expérience personnelle, c’est Que Dans Ma trentaine, j’ai Failli Mourir d’une Forme Rare De lymphome. L’un Des Plus Grands Bienfaits De Ma survie, c’est Que j’ai Acquis Une Vision Miraculeuse Du monde. Alors, En Tant Que Jeunes écrivains, Jeunes artistes, on Nous Apprend Tous à être à l’affût De Sujets intéressants. Cela donnera-t-il Une Bonne histoire ? Sera-ce astucieux ? Sera-ce Suffisamment perspicace ?

Après Avoir frôlé La Mort Et être Encore là, Je n'ai Plus Besoin De Chercher l'inspiration. Tout Est Miraculeux Si Mon cœur Est Suffisamment Ouvert Et Si Je Suis Suffisamment présent Pour Le recevoir. Abraham Maslow Parlait De Moments d'apogée. Nous Avons Tous Ces Instants lumineux. En réalité, Tout émane De l'esprit. Nous Sommes Rarement Dans Un état De Calme Suffisamment Long Pour Nous Exclamer : « Oh Mon Dieu, Regardez Ce Qui Se Passe ! »

Pour Ce Qui Est De recevoir, De Retrouver Ou De Prendre Conscience De Ce Qui mérite d'être exprimé, Il Me Suffit De Me Recentrer Sur moi-même. C'est là Que La méditation Et Le Processus créatif Se rejoignent. Avant De connaître La méditation, Je Crois Que Je méditais déjà, Mais Je Me Contentais De Prendre Des notes, même Si l'on Est censé Se déconnecter De Toute pensée. Car Dans Cet état De Pleine conscience, Des Choses Se présentaient à moi, Auxquelles Je Me Voyais témoin Avec émerveillement, Et Dont Je Souhaitais Garder Une trace… Car La Plupart De Ces Moments Sont éphémères.

Alors, Quand j'étais jeune, j'écrivais Parce Que Je Voyais Quelque chose. Je Me disais : « Oh Mon Dieu ! » Et Puis c'était parti. Alors Je Me disais : « Attends Une minute, Je n'ai Pas compris. » Alors Je Le décrivais Par écrit Pour Pouvoir Le Garder Plus Longtemps Avec moi, Pour Pouvoir Rester En Contact Avec Lui Et Entretenir Une Relation Avec lui.

Si Nous Acceptons Ce Qui Se présente à nous, Cela Change La Notion De révision. Nous Pensons à La révision, Tous Les écrivains Et Autres Artistes Parlent De Ce Travail d'orfèvre De différentes manières, Mais Il s'agit Du même Processus d'affinage, d'élagage Du langage, De Le Rendre Concis Et clair. C'est Bien beau, Mais Dans Le Contexte De Notre discussion, j'ai Compris La révision Comme Un Retour En arrière, Une Nouvelle révision De La Vision originale. Car maintenant, Si j'écris Quelque Chose Qui nécessite Beaucoup De travail, Avant De m'y Consacrer pleinement, Je Me Dis : « Tu Sais Quoi ? Je n'étais Pas Assez présent, Pas Assez sincère. Je Vais Y Revenir Et réessayer. » Plus Je Suis Clair Et sincère, Moins j'ai Besoin De Retoucher Les mots.

TS : Mark, Concernant « La Demi-Vie Des Anges » , Ce Recueil De poèmes, Comment avez-vous vécu Cette expérience ? Vous Avez mentionné qu’à 72 ans, Vous Reveniez Sur Des décennies d’écriture Et Que Vous En sélectionniez Des Centaines Pour Ce volume. Si Je Comprends bien, Il s’agit Du Premier Volume d’une série rétrospective… Comment avez-vous su, Notamment Avec Cette idée De réinterprétation, Que « ce poème-là Doit être retravaillé, Je Ne l’inclurai pas » Ou « je Vais Le réécrire » ? Comment avez-vous Fait Votre choix ?

MN : Eh bien, c’était très intéressant, Et après Toutes Ces années, Il Est Devenu très Clair Ce Qui Valait La Peine d’être conservé Et Ce Qui Ne l’était pas. J’ai remarqué, Surtout Quand on Est jeune, Que c’est Comme Si Je Plongeais Dans Les Profondeurs Et Que Je Voulais Remonter Un trésor. Bien sûr, Tout Ce Que Je Remontais Me Paraissait Tellement précieux Que Je Ne Voulais Rien Laisser tomber. Mais maintenant, Avec Le recul, Je vois : « Tiens, voilà Le joyau, Mais Il Est entouré d’algues Et d’un pneu, Et En fait, Je n’ai Pas Besoin De Tout ça. C’est Juste Le joyau. » C’était Donc très clair. Mon Nouveau Conseil Aux écrivains : Attendez 20 Ou 30 ans. Tout Devient limpide.

L'un De Mes Engagements Dans Tout cela, c'est De Ne Pas Renier Mon Travail antérieur Pour Faire Croire Que j'ai Toujours Vu Et Su Ce Que Je Vois Et Sais maintenant. Je Veux Rester fidèle à l'évolution d'un Esprit Dans Un corps, Dans Une Vie terrestre. Je Veux Donc Mettre à Profit Mon Talent Pour Rendre Aussi fidèle Que Possible Ce Que j'ai Vu alors, Sans Le dénaturer, Car Je Pense Que Cela Ne Correspond Pas à Qui j'étais… Nous En Faisons Tous l'expérience. Il Y a Vingt ans, j'étais Aussi sincère Que Je Pouvais Le Percevoir Et l'être. Maintenant Que Je Vois Et Ressens davantage, Ce n'est Pas Que Ce Que j'ai Vu était faux, c'était partiel, Et Maintenant c'est Comme Des Cercles concentriques. Cela a évolué. Il s'agit Donc d'être Aussi sincère Que Possible à Chaque étape Pour Que Cette évolution Naturelle Soit visible.

Je Crois Que l'autre Chose marquante, Et c'était Tellement intéressant – Et Je Ne Sais Pas Exactement où Ce Changement s'est Produit – c'est qu'avant, j'avais l'impression De Plonger Dans Les Profondeurs Pour En Faire Remonter Quelque Chose à partager. Mais maintenant, Je Vis Pleinement Dans Ces profondeurs, Et Je Ne Remonte Plus à La surface. Je Vous Invite à Descendre Et à Le Constater Avec moi. C'est ça, Le changement. L'un n'est Pas Meilleur Que l'autre, Mais Le Ton Est très différent. Les poèmes De Ce Recueil Datent De Mes années 50 Et 60. Ces Vingt dernières années, Le Ton Est Donc très différent : Je Parle Et Je Vis Des profondeurs, Au Lieu De Plonger Et De Remonter à La surface.

TS : Je Voulais Revenir Sur Un Passage Que Vous Avez écrit à Propos De Votre Nouveau recueil, La Demi-Vie Des Anges . Vous écrivez : « J’avoue Que Relire quarante-cinq années De poèmes a été Comme Parcourir Des Lieux Saints Et Des Ruines Pour Cartographier Les Enseignements De Tous Mes Anciens moi. » Ce Passage Que Je Voulais approfondir, c’est Cette Notion De Nos Anciens moi. Il Nous Arrive Parfois De penser : « Je Suis Critique Envers Mon Ancien moi », Ou encore : « Je Ne Sais même Plus où s’arrête La frontière Entre Mon Ancien Moi Et Mon Moi actuel. » Alors, Je Suis Curieux De Savoir comment, à Travers Ce Travail De réécriture De quarante-cinq années De poésie, Vous Avez développé Une Relation Avec Votre Ancien moi, Une Relation qui, Selon vous, Porte En Elle Un Esprit De devenir.

MN : Oui, Et Je Pense Que c’est Une Excellente question, Qui Nous Concerne tous. Personnellement, j’en Fais l’expérience à Travers Tous Mes écrits, Mais Je Me Souviens d’un rabbin, Jonathan Omer-Man, Dont La définition De l’intégrité Est restée gravée Dans Ma mémoire : « rester fidèle à Une Voix intérieure immuable, même Si La Vie Qui La Porte évolue. » Je Crois Donc qu’il Existe En Chacun De Nous Une Voix permanente, Quel Que Soit Le Nom qu’on Lui donne : âme, atman, Nature profonde, Peu importe. Bien sûr, La Vie Qui La porte, elle, évolue.

Un Moment clé où j'ai commencé à Comprendre l'évolution De moi-même a été après Mon Combat Contre Le cancer. Avant cela, j'étais Une Jeune Artiste passionnée Et Heureuse d'être Encore là, Bien sûr. Mais après, Ce Fut très déroutant Car j'avais Perdu Ma Motivation Et Je Me Demandais : « Où Est passé Mon Don ? » Il m'a Fallu Plusieurs mois, Presque Un an, Pour m'adapter Et réaliser Que Je n'étais Plus animée Par Une Passion dévorante, Mais attirée Par Les choses, Et qu'il Y Avait là Une Plus Grande liberté.

Alors, Tout a changé. Avant Mon Combat Contre Le cancer, j'étais Poète, Avec Un Grand P, Mais après, c'était très déroutant, Car Cela Ne Correspondait Plus à… L'esprit Que Je Suis Ne Se Laissait Pas Enfermer Par Cette identité. Ma façon De Voir Et De Percevoir Le Monde Est Toujours Celle d'un poète, Mais Elle Est Au Service De Cet Esprit Innommable Qui m'habite. L'image Qui m'est Venue De Cette Croissance intérieure Est Celle d'une Plante En pot. on Sait Tous Que Si l'on Prend Soin d'une Plante En pot, Il Faut La Rempoter Car Elle grandit. Sinon, Ses Racines Vont s'entremêler Et Elle Finira Par mourir. Elle Va Suffoquer Et mourir.

Alors, Mon identité Initiale De Poète (avec Un Grand P), Ce Processus De Transformation Proche De La Mort Qui m'a poussée à être Plus Authentique Et brute, m'a obligée à Me réinventer. J'avais Besoin De Briser Le Pot Du Poète (avec Un Grand P) Et d'accéder à Un Pot Plus grand, Je Ne Sais pas, spirituel, Quelque Chose Qui Utilise La poésie. C'est Un Peu Comme Pour Un Papillon : Quand Il Sort De Son cocon, Cela Ne Signifie Pas Que Le Cocon était illusoire, Mais qu'il a Rempli Sa fonction. Nous Avons La Chance De Traverser De Nombreux cocons, De Nombreux pots, Si Vous voulez, Au Fil De Notre Vie Et De l'évolution De Notre esprit. C'est Le Fil conducteur, Cette Voix Immuable Qui Relie tout, Si Vous Voyez Ce Que Je Veux dire.

TS : Mark, Quand Je t'entends Parler De Cette idée De Rester fidèle à soi-même Et Du Fait qu'il Y a Des Moments où l'on Sent Que La Situation Est En Train De changer, même Si on Ne s'en Rend Pas forcément compte… on Le Sent juste. Parfois, on Se Dit : « Je Vais Faire Un Choix Et Agir Comme ça », Et d'autres fois, c'est plutôt : « Oh Mon Dieu, Tout s'est effondré Et voilà où on En Est », Mais ça Peut être Terriblement Inconfortable Et difficile, Et même Donner l'impression d'une Sorte De dissolution, Comme Si Les Choses Allaient mal, Au Lieu d'évoluer positivement. Je Me Demande Ce Que Tu Dirais Aux Personnes Qui Se Trouvent Dans Cet état : « Je Veux Rester fidèle à moi-même, Et pourtant, Mon Dieu, ça Me Demande Vraiment Beaucoup En Ce moment. »

MN : Eh bien, Deux Choses Me Viennent à l’esprit Qui m’ont été utiles. D’abord, Rilke a dit, Parmi Tant d’autres Choses magnifiques : « Laissez Tout entrer, La beauté Comme La terreur. Aucun Sentiment n’est définitif. Continuez. Continuez. » Cela Nous amène à La notion, Bien Connue Dans La Tradition bouddhiste, De La Grande leçon De l’impermanence. Bien sûr, Nous Pensons tous : « Oh, Cela Signifie Que Nous Allons Tous mourir, Et c’est vrai, Mais Pas aujourd’hui, espérons-le », Mais Le Don De La Vie réside précisément Dans l’impermanence. Rien Ne demeure : Les difficultés, Les frustrations, Ce Sentiment De paralysie, d’être bloqué. Oui, c’est ainsi, Et Nous Devons Honorer Ce Que l’on ressent. Continuez. Continuez. Rien Ne demeure.

Je Crois Que résister à La Souffrance Engendre Une Souffrance supplémentaire. Souvent, Nous Avons Besoin Les Uns Des Autres Pour Traverser Ces Moments difficiles. Il Est Naturel De dire : « Mon Dieu, Je Ne Veux Pas Vivre ça », Et Alors Nous Devons Nous Tendre La Main Et dire : « Aide-moi à Traverser Cette épreuve. »

TS : Très bien, Mark, plongeons-nous Dans Les Bienfaits De *La Demi-Vie Des Anges* . Dès Que j’ai reçu Ce livre, Je l’ai feuilleté, j’ai Lu différents poèmes, Je Les Ai annotés Et Je Me Suis dit : « Je Vais Faire Lire Ce poème à Mark Lors De Notre Prochaine conversation, Puis celui-ci, Et Encore celui-là. » L’autre jour, j’ai dit : « Tami, Pourquoi Ne Pas Commencer Par Le début Pour Voir Ce Que ça donne ? » Je l’ai Fait Et j’ai adoré Les Premiers poèmes. Alors, Pour Faire Plaisir à Nos auditeurs, est-ce qu’on Pourrait Commencer Par là ? Pourriez-vous Lire Les Premiers poèmes ?

MN : Oh, Un Vrai bonheur. Bien sûr. Ce poème, Qui Est Le Prologue Du recueil, s’intitule « Le cœur Est Toujours Notre maître ».

Le Vieux Monde a Disparu Et pourtant,

Une Seule Bougie Peut En Allumer beaucoup, Si nous

Travailler Avec Ce Que Nous Donnons et

Résister à La Souffrance En Ne Souffrant pas.

Le Travail Quotidien Consiste à Se souvenir

qu'on Ne Peut Pas Voler Avec Une Seule aile.

Dans l'adversité, Nous Finissons Par accepter

Que Notre parenté Se Rencontre ci-dessous

Tous Les noms.

Peu Importe Nos égares, Nous sommes

Appris Par Le Tourbillon De La Vie que,

Au cœur De l'action, Nous Sommes toujours

évoluer Vers Un Sens supérieur

De vivre.

C'est La bénédiction De l'ordinaire

Qui Nous Ouvre Les Yeux Sur tout.

Ce poème, Qui Ouvre Le Premier Livre De Ce recueil, Que Cela Vous Plaise Ou non.

La Souffrance Est l'archet Qui joue

Le cœur. Ça Me Fait Mal Au cœur.

Un Lieu Que Je Connaissais Avant Ma naissance, un

Lieu Que Nous Partageons Mais Dont Seul l'accès

Quand Il Est seul.

Si Nous Acceptons Le frottement, Nous Pouvons tenir

s'entraider Pour Tout Ce Que La Vie a à offrir.

C’est peut-être là Le but de

Souffrir Pour Laisser La Musique s'élever.

Avec Le temps, Notre Souffrance s'estompe comme

Une Pierre jetée Dans Un lac,

Tout changer, cependant

on Ne Le Revit jamais.

Tout change, même Si on Ne Le Revoit jamais. Voilà Un Bon exemple. En Suivant La vérité De Ce sentiment, Je Ne Savais Pas Que Ce poème Aboutirait à l'image De La Souffrance Comme Une Pierre Dans Un lac. C'était Donc La récompense d'être resté fidèle à Ce sentiment, Et c'est Pourquoi Je Dis Que Je l'écris : Cela Devient Un Processus créatif, Mais c'est Le Processus introspectif, Cette récompense. Si Nous Sommes fidèles à Nos sentiments, Nous Serons récompensés Par Une Intuition Qui Nous Aidera à vivre. Ce poème s'intitule « Close ».

Souvent, Ce Qui Compte Ne l'est pas

Contactez-nous jusqu'à La Fin De La crise.

À Quel Point Nous étions Proches De La Vie ou

La Mort Nous Fait Trembler Des semaines

Plus tard, En Observant Un chardonneret, Je Me Suis Rendu Compte Que j'étais Un Peu Plus tard.

Manger à La mangeoire.

Alors, on Se Demande Ce Que Nous sommes

Faire Et Si Cela Vaut tout

Nous Avons Mis Cela En suspens.

Y a-t-il Quelque Chose Qui Vaille La Peine De Vivre Ce Moment ?

Demandant à être entré, La manière

on Demande à Une Cascade De trouver

Son Rebord ?

Ce poème m'a Donc Transmis l'enseignement suivant : oui, Si Nous Sommes sincères, Nous Devons Faire Le saut, Comme Une cascade. La Cascade n'hésite pas. Elle Se jette. Elle agit. C'est Ce Qui La définit.

Il En Reste Encore quelques-uns Pour Ouvrir Le livre. Voici Depth Finder.

Tout En Admirant Le dauphin, Nous Nous émerveillons.

Ou Baleine Brisant La surface, Ce grand

Le Saut Est Suivi d'une Grande reddition

Retour à Ce Que Personne Ne Peut voir.

Ces Surtensions Sont toujours

Suivi d'un lâcher-prise.

Comme La baleine, Nous n'en Avons Jamais fini.

Comme Les dauphins, Nous Nous Faufilons discrètement Vers Le Fond De l'eau.

Dans Le monde, Pour Ensuite plonger

Retour Dans Les profondeurs.

Celui-ci s'appelle « L'Art Du Filet », Transformant Le Mot « filet » En verbe : « filet ». L'idée m'est Venue car, Comme Tu Le sais, Tami, Je Crois profondément En l'amitié Et Au Soutien mutuel. J'ai Un Ami très Cher qui, Il Y a Des années, m'a sauvé La Vie d'un cancer, Et qui, l'année dernière, a Perdu Sa Femme subitement. Il Est anéanti. Je Suis là Pour lui. Je Le veux, Et Cela Nous rapproche. J'ai Aussi Un Groupe d'amis, Des hommes, Qui Font Partie d'un Groupe d'amis Depuis 15 ans. Ils Connaissent Mon Ami Paul De nom, Mais Ils Ne Le Connaissent Pas personnellement. Ils Le Connaissent à Travers moi.

Alors Que j'aide Paul, Ils m'aident aussi. Voyant l'impact Que Le Fait De Retenir Paul a Sur moi, Ils Me soutiennent, Et c'est Ce Qui m'a donné Cette Impression d'être Pris Dans Un filet. Le poème s'intitule Donc « L'Art De La Formation Du Filet ».

Voilà Comment ça Se passe. J'ai Failli mourir.

Tu Es à Mes côtés. C'est Dur Pour toi.

Et donc, Votre Ami Est à Vos côtés.

Le Mois Prochain Ou l'année prochaine, c'est Vous qui

Tombe Dans Le cratère. Ensuite, Je Suis là.

Pour toi. Et Mon Vieil Ami Est là.

Pour moi.

Voici Comment Un Filet Distribue le

poids, Comment Le Filet Des cœurs

répartit La souffrance.

Même Notre Chien Qui Grimpe Sur Le Toit De Ma femme

Les Genoux De Celle Qui Pleure Font Partie Du filet.

Enfin, Voici We Try So

Dur.

Nous nous accrochons à tout : vêtements,

souvenirs, rêves — si étroitement liés quand

Seule leur combustion nous réchauffera.

Nous avons tellement envie de prendre vie

Quand pour cela, nous devons mourir ensemble

le chemin.

Et en trouvant l'amour, nous voulons nous cacher

c'est comme un trésor au fond de

la mer. Au contraire, la vie nous rend humbles.

être le drapeau de l'autre.

TS : Oh là là ! Merci, Mark.

MN : Oh, un plaisir de…

TS : Vous vous retrouvez donc avec des milliers, oserais-je dire, de poèmes, et vous vous demandez : « Comment vais-je les regrouper ? Comment vais-je les agencer ? Comment vais-je créer ces volumes ? » Comment avez-vous procédé ?

MN : Eh bien, c’est fascinant, car pour moi, c’est très intuitif. Quand je compose un recueil de poèmes, un seul livre, je rassemble tous les titres, et même les poèmes s’ils ne sont pas trop longs, je les imprime tous, et ici même, dans mon bureau, je les étale par terre pour bien les voir, et je me prépare une tasse de café…

TS : Dieu merci.

MN : —et je les contemple. Je dialogue avec eux. Finalement, l'un d'eux s'impose et dit : « Je suis le premier », et un autre : « Je suis le dernier ». Alors, comme soulagé, cela commence à m'apparaître, à nouveau, en utilisant mon cœur comme un compteur Geiger, sans chercher à comprendre, mais en suivant mon intuition. Ainsi se révèle son ordre organique, et je les assemble de cette façon, et cela commence à me dévoiler sa structure.

C’est donc ainsi que je puise mon inspiration pour écrire mes ouvrages non romanesques. J’ai une idée, certes, mais je sais qu’elle n’est qu’une ébauche. Aucun de mes livres ne s’est jamais concrétisé. Et je le sais, et c’est une excellente chose, loin d’être une source de frustration. Je me sens comme une exploratrice intérieure : dans mes déplacements dans le monde, au contact des autres et de la nature, je recueille des fragments, des images, des bribes de choses qui résonnent en moi, comme des coquillages sur le rivage.

Alors, je les prends une à une et je me dis : « Tiens », comme l'histoire du poisson sur le rivage. Je m'imprègne de cette idée, je la déconstruis et j'écris autour, à travers, ou en dessous. Puis, je commence à percevoir une constellation : « Oh, ceci va avec cela », et cela devient un chapitre. C'est comme construire une mosaïque intuitivement, de l'intérieur vers l'extérieur. La structure d'un livre est différente de la méthode occidentale logique qui consiste à « Voilà un plan. Maintenant, je vais le remplir. » Non, au lieu de plier la matière à mon intention, je découvre et assemble tous les éléments qui me semblent justes et je les laisse me révéler leur structure et leur signification.

TS : C’est inhabituel, comme vous l’avez dit, de ne pas aborder le sujet avec un plan préétabli. J’ai ressorti cette citation, Mark, d’une conversation que nous avons eue précédemment, qui m’a beaucoup marquée : « J’écris sur ce que j’ai besoin de savoir, pas sur ce que je sais. » Et je me suis dit : « Tiens, c’est très intéressant. » La plupart du temps, même lorsque je travaille avec un auteur, c’est plutôt : « Que savez-vous ? » Or, vous écrivez sur ce que vous aspirez à savoir, sur ce qui brûle en vous. Je me demandais donc si vous pouviez nous en parler un peu, car c’est une approche vraiment originale.

MN : Eh bien, parce que j’ai constaté – et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai la chance d’être prolifique – que si j’écrivais sur ce que je connais, j’aurais très peu écrit. [RIRES] Mais c’est précisément le but de cette expression. Vous savez, le livre que nous avons écrit ensemble, « Boire à la rivière de lumière » , explore cela en profondeur : la vie de l’expression est une vie de découverte, une vie de découverte, et c’est en étant en relation avec les autres et en nous interrogeant que nous évoluons, et que nous disposons désormais d’une matière riche à exploiter pour grandir.

Je crois que c'est là un point crucial de notre monde moderne : la polarisation actuelle s'explique en grande partie par le fait que, lorsque la peur gouverne la vie des gens, ils ne recherchent plus que ce qui confirme leurs convictions, et cela n'a rien à voir avec l'éducation. L'éducation, c'est dire : « Non, ouvrez-moi la porte à l'inconnu. Permettez-moi de découvrir quelque chose de nouveau, d'intéressant, qui me pousse à remettre en question mes idées reçues. » Je crois que c'est William James qui a dit : « La plupart des gens, lorsqu'ils pensent penser, ne font que réorganiser leurs préjugés. »

TS : Voilà quelque chose que j’aimerais mieux comprendre de votre vie. Vous parliez de la plante en pot et de comment on arrive à ce point où l’on se dit : « Oui, le pot est trop petit. » Ce que j’ai constaté, brièvement et pour être honnête, dans ma propre vie, c’est que ça m’arrive sans cesse. Je dois sans cesse… et je me dis : « OK. Bien. J’ai réussi à sortir de ce pot. C’est fini. On l’a fait. Bravo, Tami. C’était dur, mais tu es sur une nouvelle lancée, Dieu merci », et puis ça recommence, et je me dis : « Sérieusement ? »

Souvent, lorsque je vous entends décrire votre parcours de vie, vous revenez sur votre combat contre le cancer. Et bien sûr, quel combat immense, colossal ! Je ne veux en aucun cas le minimiser, mais ce qui m'intrigue, c'est de savoir ce qui s'est passé après le cancer. À l'aube de vos 40, 50 et 60 ans, y a-t-il eu d'autres moments où vous avez dû vous affranchir d'un carcan trop étroit ? Comment avez-vous vécu cela ? Pourriez-vous m'en parler ?

MN : Oui. Je crois que les pots, pour moi, après ça, étaient plus subtils. Ma façon d’appréhender le monde et de l’explorer est restée la même depuis, mais j’ai le sentiment d’habiter de plus en plus tout ce que j’apprends… Je veux dire, d’habiter plus profondément l’ici et le là, il n’y a pas d’ailleurs, il n’y a que l’ici, seule compte la relation. Vous savez, le dalaï-lama a dit que sa religion était la bienveillance ? Eh bien, je crois que la mienne, c’est l’amitié, et je m’y investis de plus en plus.

Alors, ces moments où j'ai traversé, il y a peut-être dix ans, plusieurs décès de personnes importantes pour moi et où j'ai vécu des épreuves avec mes parents… Voici un très court poème, mais il illustre bien le fossé irréparable qui a toujours existé entre mes parents et moi. Je n'aurais jamais pu l'écrire si je n'avais pas… Quand j'étais plus jeune… C'est un poème très court, certes, mais il reflète toute une vie et l'abîme irréparable qui a toujours existé entre mes parents et moi.

Maintenant qu'ils sont partis, je les vois mieux, car ils ne font plus autant de bruit. Ils faisaient beaucoup de bruit quand ils étaient là et c'était difficile de les voir. Mais on appelle ça des voies de vie, comme les rails de chemin de fer.

Ma mère m'a appris

Comment construire un mur.

Mon père m'a montré

comment l'escalader.

Ils ne l'ont jamais dit.

mais ils adoraient le mur

et l'appelait son foyer.

Avec le temps, j'ai grandi comme

un poussin dans sa coquille.

Inévitablement, j'ai craqué

le mur où vivre ma vie.

Ils ne m'ont jamais pardonné.

C'était donc comme une prise de conscience, une sorte de faille dans le système. Mes parents, des gens très intelligents, nés aux États-Unis, avaient perdu des membres de leur famille pendant l'Holocauste. Ils ont grandi pendant la Grande Dépression, très préoccupés par la survie, et, bien qu'intelligents, très terre-à-terre, ils ont eu un fils poète mystique. Nous n'avons jamais parlé le même langage. Ils me disaient souvent : « Tu peux tout faire si tu donnes le meilleur de toi-même. » Je les croyais, mais j'ai appris plus tard qu'ils ne le pensaient pas vraiment.

Alors, quand je suis rentrée chez moi et que j'ai agi en conséquence, cela a remis en question les décisions qu'ils avaient prises parce qu'ils ne s'étaient pas investis à fond et qu'ils pensaient que cela n'avait pas d'importance. S'ils avaient accepté les preuves de ce que je faisais, ils auraient dû reconsidérer leurs décisions ou s'en tenir à leur vision du monde et me rejeter. Voilà en grande partie ce qui se passait, mais je ne l'ai compris que récemment.

TS : Mark, une des choses qui m’intriguent, c’est que dans votre vie quotidienne à Kalamazoo, que se passe-t-il lorsque vous pensez : « Tiens, un poème arrive. Je le sens. J’entends un poème. Il est temps de m’asseoir à mon bureau », ou comment cela fonctionne-t-il pour vous ?

MN : Eh bien, ça fonctionne… Chez moi, je me lève tôt. Susan est une couche-tard. Je suis du matin, donc nos moments créatifs se situent aux extrémités de la journée, mais je suis levé, Zuzu aussi. Notre chienne est levée avec moi et je suis généralement dans mon bureau vers 7 h. J’ai une bonne partie de la matinée pour me détendre et explorer. L’après-midi, j’essaie de sortir.

Avant la pandémie, j'allais souvent au café. J'aime bien les cafés. Je n'ai pas encore repris cette habitude, mais je fais mes courses. Je veille à garder un équilibre.

Souvent, les poèmes sont le reflet de ce que je suis… Les questions qui me préoccupent surgissent soudainement lorsque je suis en vadrouille. Alors je m'arrête et je les dicte sur mon téléphone ou je griffonne, je me gare sur le bord de la route et je griffonne. J'ai toujours été une griffonneuse, et je pense que c'est ainsi que les poètes esquissent, comme les artistes esquissent. C'est la façon dont les poètes esquissent.

TS : Je vais vous lire un extrait où vous parlez des poèmes comme d’enseignants : « J’aime à dire que je retrouve les poèmes plutôt que de les écrire. Les mots sont la trace de mon dialogue permanent avec la vie. Il existe un mot hindou, upa guru, qui signifie le maître qui est à vos côtés en ce moment. » Je me suis dit : « D’accord. Y a-t-il toujours un maître à vos côtés ? » Vous écrivez : « Il y a toujours un maître à vos côtés lorsque nous sommes suffisamment présents, le cœur ouvert. Le monde, dans toute sa splendeur, se révèle comme tel. »

MN : Oui. Mon expérience me le confirme. Je ne les comprends pas toujours… Je ne les saisis pas toutes. Il m’arrive d’en manquer. Je trébuche, car nous sommes humains, mais le maître est toujours là, comme une station de radio qui émet… Elle émet toujours le signal, même si mon récepteur grésille. Je crois que c’est une façon de comprendre la foi fonctionnelle : non pas la foi en une doctrine, une personne, un sage ou un saint, mais la foi en la vie. Quelles que soient les difficultés, la confusion ou le manque de clarté que je rencontre, cela ne justifie en rien de voir le monde ainsi. Le don et le maître sont toujours présents.

Autrement dit, on peut aussi comparer ça à un nuage. Même sous les nuages, le soleil brille toujours. L'impression d'être sous un nuage est réelle, mais elle ne représente pas toute la réalité. Alors, quand je suis tiède, comment retrouver mon enthousiasme ? Comment m'y remettre ? Il y a tellement de professeurs qu'il ne faut pas s'inquiéter ni culpabiliser si on en manque un. Il y en a toujours un autre qui arrive.

TS : D’accord. Une dernière question, Mark. Je vous ai entendu dire, en tant que poète, que le véritable art consiste à devenir le poème, à devenir le poème. Franchement, la première fois que je vous ai entendu dire ça, je me suis demandé ce qu’il voulait dire, et je vais le répéter : qu’entendez-vous par là ?

MN : Eh bien, ce que je veux dire, et je sais que je vous l’ai déjà dit, c’est que pour moi, la poésie ne se résume pas aux mots sur la page ; c’est l’expression inattendue de l’âme. C’est le poème de l’authenticité en nous et entre nous. Ainsi, dans ma pratique, je souhaite m’engager de plus en plus à être aussi honnête, sincère, authentique, vulnérable, forte, et tout ce qui nous rend humains, du mieux que je peux, et à être présente les uns pour les autres. C’est cela, être le poème.

TS : Mark Nepo, auteur du nouveau recueil de poèmes intitulé « La demi-vie des anges » . Merci infiniment, Mark, de vous livrer ainsi, vous qui êtes un poème, avec votre bon cœur, et pour vos magnifiques écrits ici sur Insights at the Edge . Merci.

MN : Merci, Tami. Merci beaucoup.

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COMMUNITY REFLECTIONS

2 PAST RESPONSES

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Patrick Jul 16, 2023
Gifted, talented people…All we are, yes. So give your gifts as best you are able, whatever they may be…

You’ve probably never heard of Susan McHenry, but may have heard of her husband Mark Nepo, writer/philosopher? Best selling books can make one famous, but ceramics tend to be a more obscure (yet beautiful) life.

I have written quite a bit, but only published a couple things. As Anon E. Moose, I’ve come to prefer it that way. The Lover of my soul gave me a word years ago that I’ve embraced, obscurity. It has served me well as husband, father and grandfather…oh anonemoose monk too. };-

Mark and Susan live individual lives yet together in Kalamazoo. My life is inextricably connected to my family. Much (most) of what I write is influenced (informed) by relationships, with them and many others too. Yet I do appreciate the gifts of others whatever their life and times.
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Sharon Jul 16, 2023
This was so beautiful and I felt so connected to Mark’s poetry. Thank you for all you do to bring these blessings into our vision. This one feels quite sacred.