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L'art Du Nettoyage

L'art du nettoyage, par Llewellyn Vaughan-Lee et Hilary Hart

29 avril 2017

Jeune fille balayant. William McGregor Paxton, 1912. Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie

Jeune fille balayant . William McGregor Paxton, 1912. Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie

Dans le tourbillon de la vie contemporaine, nous sommes happés par une activité incessante qui nous coupe souvent de notre être profond. Nos smartphones et nos écrans d'ordinateur nous maintiennent souvent à la surface de l'existence, noyés dans le bruit et les bavardages incessants qui nous distraient et nous empêchent de nous reconnecter à notre véritable nature. Sans nous en rendre compte, nous nous enfonçons toujours plus profondément dans une culture du matérialisme déshumanisé.

Aujourd'hui, il me semble de plus en plus important de pratiquer des activités extérieures qui nous reconnectent à la nature et nous aident à vivre en harmonie avec notre essence profonde, dans une pleine conscience de l'instant présent, seule capable de donner un sens véritable à notre existence quotidienne. Au fil des ans, j'ai développé plusieurs pratiques simples qui allient action et pleine conscience, ou approfondissement de la conscience, et qui nourrissent nos vies de manière subtile. Ces activités, comme la marche en pleine conscience ou la cuisine avec amour et attention, nous reconnectent au tissu de la vie, à notre interconnexion naturelle avec le vivant dans toute sa beauté et son émerveillement. Elles nous aident à désencombrer notre vie extérieure et à nous enraciner dans ce qui est simple et authentique. Le ménage est l'une de ces pratiques, qui combine action et pleine conscience.

L'art du nettoyage

Des ombres de bambou balayent l'escalier,
Mais on ne soulève pas de poussière.
Le clair de lune pénètre les profondeurs de la piscine,
Mais aucune trace ne subsiste dans l'eau.

–Nyogen Senzaki

L'art du nettoyage est une activité spirituelle simple, souvent négligée. L'image du moine balayant la cour est riche de sens, car sans ce rituel, point d'espace vide, point d'espace propice à une communion profonde avec le sacré. Le nettoyage extérieur et intérieur est fondamental dans la pratique spirituelle, et le balai du moine, en touchant le sol, établit un lien particulier avec la Terre. Il nous faut créer un espace sacré pour vivre en harmonie avec le sacré en nous et dans la création.

Dans nos vies trépidantes, faire le ménage est souvent perçu comme une corvée. On consacre du temps, de l'énergie (et des produits coûteux) à notre toilette quotidienne, mais le simple fait de nettoyer notre espace de vie est rarement une priorité. Notre société nous incite à utiliser des produits censés éliminer tous les « germes » qui nous entourent, des produits souvent plus toxiques que les germes eux-mêmes. Mais prenons-nous le temps, avec attention et pleine conscience, de prendre soin de notre intérieur ? Sommes-nous vraiment présents lorsque nous passons l'aspirateur ou la balayette ?

Quand j'ai compris que tout fait partie d'un tout vivant, que rien n'est séparé, j'ai réalisé que toute chose a besoin d'attention et de soin. J'intègre ce sentiment et cette conscience dans mon ménage. Nettoyer une table, dépoussiérer une étagère, j'y mets toute mon attention et tout mon amour, car tout y répond – pas seulement les personnes, les animaux ou les plantes, mais absolument tout . Je suis profondément convaincue que, de même que je ne devrais posséder que le nécessaire, je ne devrais posséder que ce que je peux préserver, aimer et chérir. C'est une simple reconnaissance du sacré présent en toute chose, et une façon de vivre en accord avec son cœur au quotidien. Peut-être, ayant grandi dans une famille dépourvue d'amour et d'attention, je ressens ce besoin avec une intensité particulière, mais je perçois qu'il provient d'une connaissance plus profonde de la façon dont toute chose est tissée d'amour – que la création est tissée d'amour. Ainsi, lorsque je nettoie, je prends également soin de ce qui m'entoure, sachant que cela aussi a besoin d'être aimé.

Paysanne balayant le sol. Vincent van Gogh, 1885. Huile sur toile marouflée sur bois. Musée Kröller-Müller, Otterlo, Pays-Bas

Paysanne balayant le sol . Vincent van Gogh, 1885. Huile sur toile marouflée sur bois.
Musée Kröller-Müller, Otterlo, Pays-Bas

Je dois l'avouer, j'adore faire le ménage. Nettoyer m'apporte une profonde sérénité. J'aime le vide, l'espace intérieur comme extérieur. En nettoyant mon espace de vie, je crée ce vide, je me débarrasse des débris qui s'accumulent si facilement. Et lorsqu'on nettoie avec amour et attention, on ne fait pas que passer l'aspirateur sur la poussière, mais aussi sur les débris psychiques, même les pensées inutiles qui persistent dans l'air. Parce que notre culture ne valorise que ce qu'elle voit et touche, nous ne comprenons pas cette accumulation invisible. Pourtant, elle est bien réelle, et sans y prêter attention, elle encombre notre vie bien plus que nous ne le pensons. De même que le bain rituel prépare le fidèle, ou que l'on se déchausse à l'entrée d'un temple ou d'une mosquée (ou même chez un ami), le nettoyage est une préparation essentielle pour vivre avec le sacré au quotidien.

Lorsque j'ai commencé à donner des conférences à travers l'Amérique, je logeais chez des particuliers. À l'époque, je m'adressais principalement à des groupes de psychologie jungienne et il m'arrivait donc de séjourner chez un thérapeute. Je me souviens d'une nuit où l'on m'a proposé un lit dans la « chambre d'amis », qui servait aussi de cabinet à mon hôte. Après quelques heures d'insomnie, j'ai renoncé à dormir et j'ai réalisé que je baignais dans le bouillon psychique de tous ses patients. Par son travail thérapeutique, il faisait remonter à la surface des sentiments inconscients, ramenant à la conscience des dynamiques d'ombre, la colère et la dépression. Et ainsi, elles flottaient dans la pièce, prêtes à s'accrocher à la prochaine personne qui y entrerait. Le thérapeute ne connaissait rien au nettoyage psychique. Malheureusement, cela ne faisait pas partie de sa formation ni de sa pratique. L'air était saturé de ces contenus psychiques rejetés.

Ce n'est pas rare. Souvent, les personnes qui pratiquent la guérison se lavent ou se serrent les mains ensuite, mais la maladie se retrouve alors dans l'eau ou dans l'air, risquant d'être ingérée ou inhalée par autrui. Lorsque mon enseignante était en Inde avec son cheikh soufi, il lui arrivait d'assister à des séances de guérison. Elle remarqua qu'après chaque guérison, il formait une coupe avec ses mains et portait quelque chose à sa bouche. Elle comprit qu'il assimilait ainsi la maladie qu'il avait purifiée, afin qu'elle ne reste pas en suspension dans l'air et ne se transmette pas à une autre personne.

La conscience écologique nous enseigne l'importance du recyclage et du compostage. Nos déchets quotidiens ne devraient pas s'accumuler dans les décharges. Ils ne devraient pas non plus contaminer nos ressources en eau, qui, de manière insidieuse, deviennent toxiques à cause des tranquillisants et autres médicaments que nous ingérons, affectant et modifiant la biodiversité aquatique. Nombreux sont ceux qui, soucieux de l'environnement, s'efforcent de réduire au maximum leurs déchets et de préserver les ressources en eau et en nourriture, ce qui est tout à leur honneur. Mais si nous voulons pratiquer une écologie spirituelle, si nous voulons intégrer la dimension spirituelle à notre conscience écologique, nous devons être plus attentifs aux déchets que nous laissons derrière nous. Nous devons apprendre à nettoyer après nous, à préserver un espace vide, à être attentifs à nos gestes de propreté.

Lorsque nous portons une attention particulière à notre nettoyage intérieur, les résidus psychiques peuvent être absorbés en même temps que la poussière. Souvent, cette attention est liée à la respiration, et les deux agissent de concert.<sup>1</sup> En procédant ainsi, les résidus ne nous nuisent pas, et j'ai trouvé une profonde satisfaction dans cette pratique.

Notre culture actuelle nous enseigne à accumuler, mais non à faire le vide. Or, pour un véritable travail spirituel, tant intérieur qu'extérieur, pour laisser place au divin, pour renouer avec le sacré, il nous faut pratiquer une certaine purification au quotidien. Nous apprenons à manger en pleine conscience, à être attentifs à notre environnement, à balayer notre cour. Il nous faut aussi apprendre à nettoyer notre maison, physiquement et intérieurement. De même qu'il nous faut apprendre à faire le vide dans notre esprit par la méditation, à nous débarrasser du brouhaha des pensées superflues, il nous faut aussi nettoyer consciemment notre espace de vie. En époussetant, en balayant, en passant l'aspirateur avec attention, nous ramenons notre conscience à l'essence même de notre être. C'est une question de respect pour notre environnement.

Balais faits à la main, Philippines. Photo de CEphoto, Uwe Aranas

Balais faits à la main , Philippines. Photo de CEphoto, Uwe Aranas

Dans certains anciens rituels celtiques, après un mariage, les époux se rendent à la célébration précédés d'un jeune garçon et d'une jeune fille munis de balais, chargés de chasser les mauvais esprits afin d'assurer le bonheur de leur union. Ces rituels ancestraux recèlent une compréhension des mondes intérieurs et de leur influence sur notre vie quotidienne. Dans la pratique de l'écologie spirituelle, nous ne travaillons pas seulement avec le monde physique extérieur, mais aussi avec les mondes intérieurs, et nous devons respecter cette dualité. Nous devons réapprendre à vivre en légèreté, à laisser le moins de traces possible derrière nous. Nous devons réapprendre à balayer. C'est un simple exercice de savoir-vivre, plus important qu'on ne le croit.

1 Dans la pratique soufie, nous travaillons avec le cœur, et ainsi les ténèbres et les souillures sont également absorbées par le cœur, avec amour. Les soufis sont parfois appelés « balayeurs » parce qu'ils ramassent les souillures, la poussière du monde, que les autres laissent derrière eux.

© 2017 Le Golden Sufi Center. Adapté de *Spiritual Ecology : 10 Practices to Reawaken the Sacred in Everyday Life *. www.spiritualecology.org

Llewellyn Vaughan-Lee est un mystique soufi et détenteur de la lignée Naqshbandiyya-Mujaddidiyya. Il est le fondateur du Golden Sufi Center et l'auteur de plusieurs ouvrages, dont « Écologie spirituelle » et « L'obscurcissement de la lumière ». Pour plus d'informations, veuillez consulter le site www.goldensufi.org

Hilary Hart est l'auteure et l'éditrice de plusieurs ouvrages, dont *The Unknown She: Eight Faces of an Emerging Consciousness*.

Extrait de Parabola, volume 42, n° 2, « Le bonheur », été 2017. Ce numéro est disponible à l’achat ici . Si cet article vous a plu, pensez à vous abonner .

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COMMUNITY REFLECTIONS

2 PAST RESPONSES

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Virginia Reeves Nov 26, 2017

Thanks for sharing, so lyrically, the importance of cleaning out psychic debris as well as physical clutter. I'm sharing this with friends.

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Patrick Watters Nov 25, 2017

Sharing and at the same time remembering all the innocent Sufis mudered by terrorists recently. }:-( 💔