Partagez la douleur des gens, pas leur souffrance.
Tout comme la perspicacité, le service revêt de multiples facettes. J'aimerais n'en aborder qu'une seule : la compassion.
La compassion se pratique de deux manières : subtilement et ouvertement. On peut aider subtilement toute personne avec qui l’on interagit en laissant sa souffrance et ses tourments résonner profondément en soi, et en les vivant pleinement afin qu’ils ne se transforment pas en souffrance intérieure. C’est l’alternative saine à la fois à l’indifférence insensible et à l’emprise destructrice.
Ce service subtil est le prolongement naturel du processus de libération personnelle. Vous avez purifié votre propre douleur en l'accueillant volontairement avec pleine conscience et sérénité. Désormais, dans vos interactions quotidiennes, vous vous ouvrez à la douleur d'autrui. Mais vous y appliquez la pleine conscience et la sérénité, car elle résonne en vous. En vivant la douleur d'autrui de cette manière libérée, vous l'aidez subtilement, de façon inconsciente, à faire de même. Les gens apprécient votre présence, sans pouvoir l'expliquer précisément. La raison en est que votre corps transmet constamment un message silencieux à tous ceux que vous rencontrez, même de façon informelle. Il est profondément enrichissant de partager la douleur (la passion), mais pas la souffrance.
La subtilité est importante, mais nous devons aussi servir de manière plus visible et concrète. La forme que prend ce service manifeste dépend de nos intérêts et de nos capacités personnelles, ainsi que des normes culturelles de notre environnement. Pour certains, cela se traduit par l'éducation de leurs enfants. Pour d'autres, ce sera l'engagement social ou les professions d'aide. Certains peuvent l'exprimer par l'utilisation de dons particuliers, comme celui de guérir. Pour beaucoup, le service manifeste consiste à enseigner et à soutenir la pratique spirituelle d'autrui.
Extrait de « Méditation : S'évader dans la vie », un entretien avec Shinzen Young
Équanimité : une permission radicale de ressentir
L'équanimité est une compétence fondamentale pour l'introspection et l'intelligence émotionnelle. C'est un concept profond et subtil, souvent mal compris et facilement confondu avec la suppression des sentiments, l'apathie ou l'inexpressivité.
L'équanimité vient du latin « aequus », qui signifie équilibre, et « animus » , qui signifie esprit ou état intérieur. Pour bien comprendre ce concept, considérons un instant son contraire : ce qui se produit lorsqu'une personne perd son équilibre intérieur.
Dans le monde physique, on dit qu'une personne a perdu l'équilibre si elle tombe d'un côté ou de l'autre. De la même manière, une personne perd son équilibre intérieur si elle adopte l'une ou l'autre des réactions opposées suivantes :
Suppression – Un état de pensée/sentiment apparaît et nous tentons d'y faire face en le refoulant, en le niant, en nous crispant autour de lui, etc.
Identification – Un état de pensée/sentiment surgit et nous nous y fixons, nous nous y accrochons de manière inappropriée, sans le laisser apparaître, se répandre et passer selon son rythme naturel.
Entre la répression d'une part et l'identification d'autre part se trouve une troisième possibilité, l'état d'équilibre de non-ingérence envers soi-même… l'équanimité. […]
L'équanimité contredit l'adage selon lequel on ne peut pas « avoir le beurre et l'argent du beurre ». En faisant preuve d'équanimité face aux sensations désagréables, celles-ci s'écoulent plus facilement et, par conséquent, la souffrance est moindre. De même, en faisant preuve d'équanimité face aux sensations agréables, celles-ci s'écoulent plus facilement et, par conséquent, la satisfaction est plus profonde. Cette même capacité influence positivement les deux aspects de la perception sensorielle. D'où l'équation suivante :
Purification psycho-spirituelle = (Douleur x Équanimité) + (Plaisir x Équanimité.
De plus, lorsque les émotions sont vécues avec sérénité, elles remplissent pleinement leur rôle de motivation et d'orientation du comportement, au lieu de le perturber et de le déformer. La sérénité joue donc un rôle crucial dans la modification des comportements négatifs tels que la toxicomanie, l'alcoolisme, les troubles alimentaires, la colère, la violence, etc.
L'équanimité implique de ne pas entraver le flux naturel des sensations subjectives. L'apathie, quant à elle, suppose une indifférence face à l'issue maîtrisable des événements objectifs. Ainsi, bien que paraissant similaires, l'équanimité et l'apathie sont en réalité opposées. L'équanimité libère l'énergie intérieure pour répondre aux situations extérieures. Par définition, elle implique une permission radicale de ressentir et s'oppose donc à la répression. En ce qui concerne l'expression extérieure des sentiments, l'équanimité intérieure offre la liberté de les exprimer ou non, selon ce qui est approprié à la situation.
-- Extrait de « Qu'est-ce que l'équanimité ? »
Les trois étapes de la perception de l'impermanence
L'impermanence consiste simplement à apprécier le caractère changeant de chaque expérience à des niveaux d'émotion plus profonds. On peut l'envisager sous trois angles : le futile, le difficile et le sublime.
Au premier abord, l'impermanence peut se manifester de façon anodine. Par exemple, vous méditez et ressentez une démangeaison. Vous y pensez un moment. Puis, une distraction survient et, à votre retour, la démangeaison a disparu. Vous n'avez pas vraiment senti la démangeaison disparaître, vous avez simplement constaté l'absence de quelque chose de présent auparavant. Votre attention a été interrompue, mais vous avez tout de même remarqué le changement. Ce niveau de compréhension de l'impermanence repose sur un manque de concentration continue. Une appréciation plus profonde de l'impermanence s'acquiert par une concentration continue.
À mesure que votre capacité de concentration s'améliore et que vous parvenez à vous focaliser plus longtemps sur les choses sans vous laisser distraire, vous commencez à apprécier la nature changeante du monde. Mais le changement continu n'est pas forcément synonyme de transition douce. À ce stade, votre expérience du changement peut être abrupte, saccadée, voire brutale. Par exemple, vous ressentez une douleur à la jambe et vous remarquez qu'elle est lancinante, tordue, perçante, fulgurante, écrasante ou explosive. Ce sont des mouvements très brusques et désagréables, certes, mais ce sont bien des mouvements. Ce sont des façons dont la sensation de douleur évolue. C'est comme si quelqu'un vous plantait un couteau dans la jambe et le faisait tourner à droite, à gauche, l'enfonçant, le retirant. C'est brutal, c'est abrupt, c'est saccadé, mais cela représente un contact permanent avec le changement. Ce phénomène ne se limite pas aux expériences douloureuses. Il peut également se produire avec un plaisir intense.
Avec le temps, votre concentration et votre sérénité s'affinent au point que votre perception du changement devient non seulement continue, mais aussi harmonieuse. Un adoucissement s'opère. L'impermanence s'en trouve fluidifiée, apaisante, pétillante, à l'image d'une respiration naturelle. Votre concentration est alors comparable à celle d'un écran haute résolution ou haute définition, vous permettant de percevoir des mouvements subtils avec une grande clarté. Pour employer une métaphore technique, c'est comme si vous aviez augmenté la fréquence d'échantillonnage ou la bande passante de votre détecteur de changement. Vous ne pouvez pas forcer ce processus, mais à mesure que vous portez attention aux formes les plus brutales d'impermanence et que vous apprenez à les accepter, elles se décomposent en formes plus douces : ondulations majestueuses, effervescence, propagation et effondrement sans effort. Dès lors, l'impermanence commence à vous réconforter, elle devient comme un massage.
À ce stade, nous sommes à l'aube d'une transition importante, car nous pouvons désormais nous abandonner au flux et le laisser nous « méditer ». La perception « Je suis en train de méditer » s'estompe et est remplacée par la perception que « l'impermanence me médite ».
— Extrait de « La science des Lumières »
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Pour plus d'inspiration, participez à l'événement « Éveil spirituel » de Shinzen ce samedi : Le rôle de la compassion sur le chemin spirituel. Inscription et informations complémentaires ici.
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Living in tune with these concepts frees me to experience the flow in a way that neither constricts nor overwhelms. Thank you for this insight.
How freeing when we acknowledge and accept everything is impermanent. In my own experience equanimity then comes with more ease. ♡