Elle m'a appelée pour m'en parler, et c'était vraiment aussi absurde que ça en a l'air : il lui disait qu'elle prononçait mal un mot. Alors elle est retournée le voir et lui a dit : « J'aime bien ta prononciation, mais je préfère le prononcer différemment. » C'est complètement hors sujet ! Et là, le harceleur lui dit : « Moi aussi, j'aime bien ta façon de le dire. D'ailleurs, je vais commencer à le dire comme ça ! »
Aryae : Jeannie, et que dire des brutes qui sont en CM1 ou CM2 et qui menacent physiquement les autres enfants dans la cour de récréation ? L'enfant peut alors avoir peur. As-tu une solution pour l'aider à gérer ce genre de situation ?Jeannie : Je crois sincèrement que nous avons souvent besoin de solliciter l'aide d'autres personnes . Quand j'ai très peur, je vais voir un professeur principal ou le directeur, et au lieu de dire que tel élève fait quelque chose de mal, l'enfant peut dire : « J'ai peur d'être en présence de cette personne, et voici pourquoi. » Donc, au lieu de dire : « Le dessert était horrible », je dirais : « J'aimerais beaucoup qu'il soit différent », ou « Voici comment ce dessert m'affecte. » Et je remplace « dessert » par « tyran ». Le plus étonnant, c'est que cela amène le directeur à aborder la situation de manière totalement différente et à trouver une solution adaptée.
Aryae : Parfait. Voici une question de Jyoti, de Mountain View. Elle écrit : « Ravie de te lire, Jeannie. Comme toujours ! Aurais-tu des conseils pratiques pour trouver le courage de s’ouvrir davantage, d’accepter ce qui ressemble à de la maltraitance ? Je porte peut-être un jugement, mais c’est aussi une façon d’honorer mes sentiments. »Jeannie : Jyoti est une de mes vieilles amies ! Je me souviens encore de notre première rencontre. Tu te souviens quand j’ai dit que certaines des personnes les plus discriminatoires de cette planète sont des femmes intelligentes ? On nous apprend très souvent, à nous les femmes, à faire exactement ce que tu disais : nous replier sur nous-mêmes. Je n’arrive pas à m’en sortir par la seule force de ma pensée. Je n’arrive à convaincre personne, car mon esprit est déjà conditionné par ce préjugé social profondément ancré.
Dans ce genre de situation, je crois qu'il faut s'approcher directement de la personne, presque comme si l'on vivait une expérience hors du corps, et s'observer en train de poser la question à celle qui nous manque de respect : « Pouvez-vous m'aider à comprendre pourquoi je me sens ainsi ? Pouvez-vous m'aider à comprendre pourquoi j'ai l'impression que vous minimisez le problème ? » Ma curiosité me donnera alors le courage d'entamer cette conversation constructive. Mais c'est à moi de faire le premier pas.
Quand j'enseignais dans des écoles de commerce, je me souviens d'une étudiante, dans un contexte assez arrogant, qui m'a dit d'emblée : « Tu sais, Jeannie, il faut que tu te fasses apprécier. » J'essayais alors d'appliquer les principes que j'avais appris sur l'art de recevoir. Je me suis donc tournée vers mon étudiante en MBA et je lui ai dit : « Écoute, peu m'importe que tu m'apprécies ou non. Mais il est primordial pour moi que je t'apprécie. Comment peux-tu m'aider ? » Et j'ai eu l'impression d'être instantanément adorée. Le changement a été immédiat. Je ne leur demandais pas de changer ; j'étais touchée par leurs paroles, qui me rappelaient un désir profond, et que je leur exprimais.
Aryae : Pour revenir à la question de Jyoti : comment trouver le courage de faire cela ? Quand quelqu’un me manque de respect, j’ai envie de le frapper et de le remettre à sa place. Comment trouver le courage de répondre autrement ? Que se passe-t-il en moi ?
Jeannie : En gros, j'adopte un mantra. Quand j'étais à Stanford, j'en avais un : « Respecte tout le monde. Sans exception. » Je devais donc l'appliquer à cette personne en particulier. Je devais la respecter. Il fallait donc recentrer mon attention. J'ai encore des pensées et des croyances négatives à son sujet. Je ne dis pas de les éliminer. Il faut arrêter de regarder dans cette direction. Et se décaler un peu. Et chercher des moyens de l'écouter. Une sorte de règle de base : si je veux être entendue, je dois trouver comment écouter. Montrer que je suis à l'écoute. Si je veux être aimée, je dois trouver comment aimer dès maintenant. J'utilise donc ce qui me manque comme guide pour me dire : « Laisse-moi être exactement cela. »
Aryae : C’est très utile. Notre prochaine question nous vient de Maya, du Maryland : « Quelles sont les techniques efficaces pour faire comprendre aux gens que vous êtes prêt(e) à recevoir ? »
Jeannie : Quelle excellente question ! Mais elle soulève une petite question paradoxale. Je ne cherche pas à les convaincre de quoi que ce soit, pas même de mon désir d’être réceptive, car il s’avère que… cette simple pensée m’empêche justement d’être réceptive. Je sais que c’est extrêmement subtil, mais je dois me concentrer sur des techniques qui me donnent encore plus envie de vous aimer. Autrement dit, je dois être, comme on dit, adaptable, au lieu d’essayer de prouver que je le suis.
C'est arrivé dans mon école de commerce. Il y avait un type, assis à quelques sièges de moi, qui n'était pas très populaire, je crois, et à ce moment-là, on lui a demandé de prendre la parole. Et tout le monde s'est mis à le couper, même le professeur. Alors je me suis penché en avant, je l'ai regardé, je l'ai appelé par son nom et j'ai dit : « J'aimerais vous entendre. Voulez-vous bien continuer ? »
Et cela l'a galvanisé. Il s'est mis à parler d'un ton autoritaire. Tout le monde s'est tu. Je n'y ai pas prêté attention jusqu'à ce que, dix ans plus tard, je recroise cet homme dans un avion. Il m'a dit : « Jeannie, je ne me souviens même plus de ce cours. Je ne me souviens pas de la remarque, mais je me souviens de ce que j'ai ressenti. » Il m'a confié que cet incident avait changé le cours de sa vie. C'est donc un petit geste de bonté, comme le disait Mère Teresa : « Faites de petits gestes avec un grand amour. »
Je me dis souvent que l'amour ne suffira pas, seul le grand amour le permettra. Autrement dit, les seules personnes que je dois aimer sont celles qui ne m'aiment pas. Tous les autres peuvent se débrouiller seuls. C'est un peu comme si je faisais du triage pour le monde. Ce sont les plus indifférents à l'amour qui en ont le plus besoin.
Aryae : Magnifique. Et en parlant d’amour, voici un message de Mish, de New York. Elle dit : « Pour ce qui est de recevoir, tout est question de foi. La foi que ce que l’on demande ou dont on a besoin dans une situation donnée se réalisera. J’aspire à donner, à donner de l’amour, à diffuser des ondes positives et à donner de la force. »
Jeannie : Oui. Magnifique ! Merci beaucoup. Et j’ajouterais que cela ne change pas seulement ce que j’obtiens ; cela influence aussi mes désirs…
Aryae : Voici la dernière question. Elle nous vient d’Anush : « Quelles sont les pratiques qui permettent de développer sa conscience et de se concentrer sur une écoute profonde ? Comment appliquer cela en entreprise ? »
Jeannie : Une stratégie que j’utilise en entreprise consiste à me fixer un objectif comme celui-ci : je dois pouvoir noter quelque chose que j’ai appris de cette réunion, quelque chose que je ne savais même pas, que j’ignorais totalement.
Même si je n'écris rien, cela va changer ma façon d'écouter et de parler. Et sans m'en rendre compte, je vais prendre l'initiative. Je vais me mettre dans un état de réceptivité, non pas pour le prouver intellectuellement, mais parce que j'ai un autre désir. Je dois apprendre quelque chose de toi, quelque chose que je ne savais même pas que tu allais me dire. Et cela me semble un premier pas suffisant. Ce n'est qu'une idée…
Preeta : Jeannie, ce fut une expérience tellement enrichissante et magnifique. Chez ServiceSpace, nous parlons beaucoup de transformation intérieure, et toute votre théorie porte sur ce sujet. Comment puis-je me transformer ? Comment puis-je changer ma perception d'une situation, pour en modifier l'énergie ? En quoi votre travail et vos recherches vous ont-ils transformée, si tant est qu'ils l'aient fait ?
Jeannie : Je relisais ma thèse quand tu me l'as demandée, et j'ai remarqué la fin de mes remerciements ; il y était écrit que cette recherche m'avait transformée. Je vois les choses différemment. Et je m'autorise davantage à prendre l'initiative, car j'ai compris que chacun fait de son mieux. J'admets très facilement mes limites. Je ne peux pas savoir ce que tu veux. Le déclic a été de réaliser que l'autre personne se trouve dans la même situation. Et qu'elle a probablement des besoins similaires aux miens quant à l'interaction. Alors, j'écoute mon intuition.
Si je suis le supérieur hiérarchique, je peux demander à mon subordonné : « Avez-vous des idées ? » Ou si j’étais le subordonné, je pourrais dire : « Serait-il possible de vous faire part de certaines de mes réflexions ? » Peu importe donc votre rôle dans l’interaction, si je suis au courant, il me revient d’inviter à la discussion.
Aryae : C’est magnifique, merci. Voici donc la dernière question : comment pouvons-nous, en tant que communauté ServiceSpace, vous soutenir, vous et votre travail ?
Jeannie : Quelle belle proposition ! J'ai l'impression d'être un simple membre de cette équipe, de cette équipe réceptive. Ce serait un honneur pour moi que toutes les personnes qui s'y intéressent, même de loin, puissent rejoindre cette équipe et contribuer à façonner ce message. Mon objectif est de recueillir des témoignages de personnes assez courageuses pour dire : « Tiens, j'ai une première version en cours d'élaboration, et je vais peut-être contacter Jeannie par e-mail pour voir si je peux l'aborder sous un angle différent, comme une deuxième version. » Je suis très intéressée par la création d'une plateforme où nous pourrons tous nous encourager mutuellement, en essayant chacun à être réceptifs. C'est vraiment une tentative. Il me suffit de décider d'essayer, et le tour est joué. Ce serait un honneur pour moi de pouvoir rester en contact avec les personnes intéressées et d'échanger avec elles.
Aryae : Quelle serait la meilleure solution ? Si quelqu’un est intéressé, devrait-il simplement vous envoyer un courriel ?
Jeannie : Je me dis qu’il y a peut-être quelqu’un qui pourrait discuter avec moi et d’autres personnes de la création d’un espace en ligne, un lieu de rencontre commun où nous pourrions échanger sur ce sujet, avec des exemples et des questions auxquelles je serais ravie de répondre, pour le bénéfice de tous. Un courriel serait un excellent point de départ. N’hésitez pas à m’écrire. Je serais ravie d’avoir de vos nouvelles.
Aryae : Magnifique. Tu as exprimé tes souhaits et tu t'es ouverte à l'invitation.
Jeannie : Merci. Je suis très reconnaissante de cette conversation et de cette opportunité de vous rencontrer tous virtuellement.
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Pour plus d'inspiration, participez à l'événement Awakin Call ce samedi avec Doug Powers, professeur et ancien enseignant du secondaire dont l'œuvre est consacrée à « Cultiver et enseigner la liberté ». Inscription et informations complémentaires ici.
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