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Histoires Et réflexions De « l'homme Le Plus Heureux Du Monde »

Matthieu Ricard, connu par les neuroscientifiques comme « l'homme le plus heureux du monde », a prononcé ces propos à l'issue d'un défi de compassion interreligieux de 21 jours en octobre 2024.

Cynthia Li : Ce qui m'a vraiment frappée, ce n'est pas seulement votre joie de vivre, mais aussi l'humour que vous apportez à des concepts comme la compassion, l'altruisme – ces grands concepts – avec une telle légèreté, une telle joie et un tel humour, ce qui est un véritable enseignement en soi. Alors, merci.

Vous avez beaucoup parlé d’altruisme, de bonheur altruiste et de gentillesse.

Comment développer la compassion et le service altruiste, et les cultiver de manière plus durable ? Sans épuiser notre propre énergie ni nous laisser submerger par la souffrance des autres ?

Matthieu Ricard : Merci. Oui. Je ne suis pas enseignant, d'ailleurs, donc oui. Il y a un écrivain français, Roman Holan. Il n'était pas bouddhiste, mais il a dit : « Si le bonheur égoïste est le but principal de votre vie, votre vie sera toujours sans but. » Ça ne marche pas. Répéter « Moi, moi, moi » toute la journée vous rend malheureux et rend tout le monde malheureux. Ça ne marche pas, personnellement, et bien sûr, ça ne marche pas dans le monde, car si vous instrumentalisez le monde pour vos propres besoins ou le voyez comme un instrument pour servir vos propres intérêts, ça ne marchera pas. Vous savez, nous sommes tellement interdépendants. Donc, tant au niveau personnel qu'au niveau mondial, c'est une situation perdant-perdant.

Alors pourquoi l’altruisme, la bienveillance ou la compassion sont-ils une situation gagnant-gagnant ?

Tout d'abord, bien sûr, si vous êtes bienveillant. Généralement, les autres apprécieront, même les chiens. Voilà donc le but : apporter du bonheur aux autres et soulager leurs souffrances autant que possible. Voilà donc l'état d'esprit, l'intention : prendre soin des autres, leur apporter du bonheur et soulager leurs souffrances. Voilà donc la motivation principale, sans aucun calcul, sans attente de récompense particulière, en agissant ainsi pour obtenir davantage, pour les compliments ou pour être fier de soi. Ce devrait être la motivation pure.

Il se trouve que c'est aussi le meilleur moyen de s'épanouir. C'est donc une situation gagnant-gagnant. Bien sûr, ceux qui… parlent d'égoïsme universel disent : « Haha ! » Vous avez cette chaleur. Vous ne le faites donc que parce que vous vous sentez bien. Eh bien, si vous faisiez du bien aux autres simplement parce que vous avez entendu parler de cette chaleur, mais que vous vous en fichez complètement, ça ne fonctionnerait pas. Et en fait, c'est un bon indicateur de ce qui réside au plus profond de notre nature, une sorte de bonté primordiale : se sentir en harmonie avec notre nature profonde lorsque nous agissons avec compassion. Ce serait terrible si nous nous sentions vraiment bien intérieurement lorsque nous faisons du mal aux autres. Donc, d'une certaine manière, se mettre simplement en harmonie avec notre nature profonde est une bonté fondamentale, et nos actions, nos paroles et nos pensées sont tournées vers les autres.

Au niveau mondial, c'est crucial. Si l'on considère les défis du XXIe siècle, l'un des principaux est de concilier les besoins à court, à long et à moyen terme. Le court terme pourrait être celui d'une mère africaine qui doit nourrir ses enfants la semaine prochaine. C'est donc ce qui compte avant tout pour elle.

Et puis, à moyen terme, il s'agit de s'épanouir dans la vie. Nous avons cette profonde aspiration à réaliser nos aspirations dans la vie. Ainsi, tout au long de notre vie, de notre carrière, de notre génération.

Le long terme représente désormais un nouveau défi : nous sommes les principaux acteurs qui déterminent le sort des générations futures. Et si nous continuons sur cette lancée, ils diront : « Vous saviez et vous n'avez rien fait. »

Alors comment concilier ces trois choses qui semblent pourtant irréconciliables ? Comment s'asseoir autour d'une table et tenter de construire un monde meilleur avec les militants sociaux, les politiciens, les investisseurs, les scientifiques de l'environnement, etc. L'égoïsme ne suffira donc pas.

Mon marxiste préféré est Groucho Marx. Il a dit : « Pourquoi devrais-je me soucier des générations futures ? Que font-elles pour moi ? » J’ai entendu un milliardaire américain dire la même chose aux informations. Il a dit : « Pourquoi devrais-je me soucier de la montée des océans dans cent ans ? » Vous savez, je trouve ça absurde.

Un seul concept peut concilier ces trois échelles de temps et nous aider à travailler ensemble : celui de prendre davantage en compte les autres.

Si nous avons plus de considération pour autrui, nous remédierons à la pauvreté au milieu de l'abondance, aux inégalités sociales, à la justice sociale, etc. Si nous avons plus de considération pour autrui, nous créerons un monde où chacun aura accès à la santé, à l'éducation, à la sécurité, etc. Et si nous avons plus de considération pour autrui, nous réfléchirons sérieusement au sort des milliards d'êtres humains qui viendront après nous, ainsi qu'aux huit milliards d'autres espèces qui sont nos citoyens fondamentaux.

C'est pourquoi, comme le disait Victor Hugo, « Il n'y a rien de plus puissant qu'une idée dont le temps est venu », et je suis profondément convaincu que c'est le temps de l'altruisme, de la bienveillance, quel que soit le nom qu'on lui donne, ou de la compassion.

Cynthia Li : Merci. Vous nous avez donné un défi de taille. J'aimerais maintenant vous parler un peu de mon travail auprès de personnes atteintes de maladies chroniques complexes, dont beaucoup sont affaiblies depuis de nombreuses années. J'ai vu certaines d'entre elles accomplir ce profond travail intérieur de transformation dont vous parlez, ainsi que cet altruisme, cette bienveillance, et [je les ai vues] parvenir à une véritable compassion pour elles-mêmes et pour les autres. J'ai aussi vu leur gratitude s'exprimer. Mais le bonheur, lui,…

Pouvez-vous nous parler de cet état profond de bonheur, de bien-être ? … Cela va au-delà du bonheur émotionnel, qui peut être très éphémère. Pourriez-vous nous parler de cet état et de sa nécessité, en particulier en ces temps de bouleversements ?

Matthieu Ricard : Oh, bien sûr. Avant cela, je voudrais dire un mot. Vous avez posé une question sur la détresse empathique.

Il est donc crucial de distinguer compassion et empathie. Or, l'empathie a deux facettes. Une empathie efficace vous permet d'entrer en résonance avec les autres – ce qui peut être source de joie – mais elle peut aussi être source de souffrance. L'empathie est l'impact que l'état des autres a sur vous. S'ils sont joyeux, vous ressentez de la joie. S'ils souffrent, vous souffrez – et vous souffrez véritablement.

Mon amie Tanya Singer a montré que, pour le cerveau, souffrir de la souffrance des autres est une véritable souffrance. Il y a aussi un aspect cognitif de l'empathie. La compassion – et nous l'avons constaté en travaillant avec des neuroscientifiques – est totalement orientée vers les autres. Or, il est très important de comprendre le problème de l'empathie, ou de l'empathie fondamentale. Quelle est la situation des autres ? Souffrent-ils ? Sont-ils joyeux ? Si on ne le sait pas, un sociopathe, par exemple, ne se rendra pas compte qu'ils souffrent et pourra les découper en morceaux sans s'en soucier. C'est donc important. C'est une sorte de signal. Si le signal, ou l'alarme, retentit toute la journée, on s'épuise émotionnellement. On sombre dans la détresse empathique et l'épuisement professionnel, car c'est un fardeau pour soi.

Nos recherches en neurosciences ont montré que la compassion est un antidote au burn-out, car elle est entièrement tournée vers les autres. C'est un amour inconditionnel envers autrui, qui redonne force et capacité à aider les autres. C'est donc important.

Maintenant, le bonheur, même si vous le savez, c'est un concept très débattu, il est souvent très mal compris.

Tout d'abord, il ne faut pas confondre bonheur et sensations agréables. Il n'y a rien de mal à ressentir des sensations agréables, comme prendre une douche chaude après une promenade dans la neige ou écouter de la belle musique. Mais c'est différent.

Tout d'abord, les sensations agréables ont tendance à se transformer en sensations neutres, et parfois l'inverse. Écouter la plus belle musique est formidable. L'écouter vingt-quatre heures sur vingt-quatre est une torture. À Guantanamo, on utilise ce procédé pour torturer les gens, c'est donc différent. Si vous recherchez des sensations agréables et sans fin, c'est un remède à l'épuisement, pas au bonheur. Donc, encore une fois, il n'y a rien de mal à ressentir du plaisir, à condition qu'il n'y ait ni désir ni appétence.

Or, le bonheur tel que le définissent les scientifiques et le bouddhisme (ce que nous appelons suka ), n'est pas une sensation. On peut ressentir de la compassion, du sens, etc., même dans la tristesse, même après la perte d'un être cher. Pourtant, la sagesse et la compassion sont toujours là. C'est donc une façon d'être. Contrairement au plaisir qui s'épuise à mesure qu'on l'éprouve, l'état d'esprit ou l'état d'être – plus on éprouve de compassion, plus il devient profond et stable.

Alors, de quoi est-il fait ? Il n'y a pas de centre du bonheur dans le cerveau. Donc, tout d'abord, notre contrôle sur l'environnement extérieur est limité, transitoire et très souvent illusoire. Si vous ne placez vos espoirs et vos craintes que dans l'environnement extérieur, vous courez à la catastrophe. Or, notre perception du monde peut se traduire par du malheur ou du bien-être. Notre perception du monde est donc très importante, mais le bonheur résulte aussi du développement de plusieurs qualités humaines fondamentales. Il s'agit d'atteindre un esprit exceptionnellement sain qui nous donne les ressources nécessaires pour affronter les aléas de la vie et les différentes émotions qui la traversent.

Ainsi, ces qualités, prises ensemble, peuvent être cultivées comme des compétences. Parmi elles, on trouve principalement l'altruisme, la compassion, la bienveillance, mais aussi la capacité d'espace intérieur (permettant de conserver la paix intérieure même face à l'adversité), la résilience et la liberté intérieure (ne pas être esclave de ses propres pensées et émotions, etc.). Ensemble, ces qualités créent une façon d'être, une façon d'être très saine et optimale, qui constitue en quelque sorte le socle sur lequel nous nous appuyons dans la vie.

L'entraînement mental sur le chemin spirituel… peut améliorer cette base. Il y aura toujours des hauts et des bas, des joies et des peines, mais le point de départ est votre base. Et cette base pourrait être principalement, au final, constituée d'un profond épanouissement, d'un sentiment de félicité. C'est donc ce que nous recherchions et ce que nous pouvons cultiver. Contrairement aux sensations agréables qui ne peuvent être partagées avec autrui, on peut ressentir des sensations agréables même lorsque les autres souffrent ou se montrent égoïstes. Il est donc important de distinguer les deux.

Merci à tous pour ces beaux témoignages. En regardant les visages du film « Humain » , de mon cher ami Yann Arthus-Bertrand, je me suis bien sûr rappelé à notre humanité commune – dont elle est si nécessaire, surtout à notre époque où règnent la fragmentation, l'hyper-individualisme, et où nous avons souvent tendance à l'oublier. Mais ces visages qui résonnent silencieusement, au-delà de la belle chanson qui les accompagnait, me rappellent aussi un tournant dans ma vie.

Adolescent, j'ai eu la chance de côtoyer de nombreux intellectuels français. Mon père était philosophe ; ma mère, artiste ; et j'étais moi-même apprenti scientifique. J'ai aussi rencontré de grands musiciens, dont Igor Stravinsky à 16 ans. Mon oncle était un explorateur. De tous horizons, il y avait donc des gens remarquables dans leur domaine.

En même temps, adolescent, j'étais assez perplexe quant à l'absence de lien évident entre une compétence particulière (comme être un excellent mathématicien, jardinier, charpentier, philosophe ou artiste) et le fait d'être un être humain vertueux. Si l'on prend 50 jardiniers et 50 mathématiciens, on trouve la même répartition d'altruistes et d'égoïstes, de personnes heureuses et de personnes malheureuses. C'était déroutant pour quelqu'un qui cherche un modèle.

Puis, à 20 ans, j'ai vu un documentaire réalisé par un ami de ma famille, Arnaud Dejardins, sur tous les grands maîtres, ermites et méditants tibétains qui avaient fui l'invasion communiste du Tibet et trouvé refuge du côté indien de l'Himalaya. Il les avait filmés pendant six mois. À un moment donné, dans le documentaire intitulé « Le Message du Tibétain » (il y a deux parties), il y avait un passage muet où ne figuraient que les visages de ces grands maîtres. Certains étaient très maigres, d'autres plus charnus. Certains étaient âgés, d'autres plus jeunes, mais il y avait une qualité commune, extraordinaire : j'avais l'impression de voir vingt Socrate, vingt saint François d'Assise, vivants à notre époque.

J'ai donc décidé d'y aller, ce que j'ai fait à 21 ans, en 1967. Ce fut une merveilleuse décision. J'ai fait des allers-retours pendant mon doctorat à l'Institut pastoral. Et finalement, fin 1972, j'ai pris un aller simple. Depuis 55 ans, je vis principalement dans l'Himalaya, auprès de ces grands maîtres. Ce fut un véritable tournant de voir ces visages.

Je dois dire que dans le film Human , on voit aussi beaucoup de tragédie derrière ces regards. Beaucoup de souffrance aussi. Et quelques sourires occasionnels, ce qui est merveilleux, comme vous l'avez dit. D'ailleurs, nous avons réalisé un livre photo intitulé 108 Smiles. J'ai travaillé avec mon cher ami Paul Ekman, qui a distingué 18 types de sourires différents, dont très peu ne sont pas authentiques.

Récemment, je suis au Bhoutan. J'ai suivi un enseignement où 10 000 personnes ont assisté chaque jour pendant 110 jours. Je pense que c'est un record du monde ! Il y a les Jeux olympiques et les concerts de rock, mais ils ne durent que quelques jours. Pourtant, pendant 110 jours, 10 000 personnes ont écouté les enseignements en toute tranquillité. C'est aussi une excellente occasion de prendre des photos, car il y avait 10 000 personnes qui attendaient. :) J'ai passé un très bon moment, et je l'ai envoyé à un ami qui m'a dit : « Oh, quel sourire sincère et sincère ! Ça change vraiment de ce qu'on voit habituellement sur les soi-disant réseaux sociaux. »

Notre sujet d'aujourd'hui porte également sur la manière de rassembler toutes les religions. J'ai été interprète du Dalaï-Lama pendant 30 ans, et il a déclaré avoir plusieurs missions principales. L'une d'elles était de promouvoir les valeurs humaines fondamentales, ce qu'on appelle l'éthique universelle, ou éthique laïque, non pas parce qu'elle est contraire à la religion, mais parce qu'elle est commune à toutes les religions, voire aux personnes non religieuses. [C'est] la règle d'or : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent. C'est donc l'un de ses principaux messages : le message de compassion.

Je me souviens qu'un jour, alors que je faisais une retraite d'un an dans un ermitage, j'ai dû venir lui servir d'interprète en Belgique. Je suis donc venu une ou deux semaines. Puis, en rentrant à mon ermitage, je lui ai demandé conseil. Je lui ai dit : « Je repars pour une autre retraite de six mois. Quel conseil me donneriez-vous ? »

Et il dit : « Au début, méditez sur la compassion. Au milieu, méditez sur la compassion. À la fin, méditez sur la compassion. »

Donc le message était clair. :)

Sa deuxième mission principale était de favoriser l'harmonie entre les religions. Sa troisième mission était le dialogue avec la science, et bien sûr, la cause du Tibet. C'était donc formidable de l'entendre parler de l'harmonie entre les religions et de la manière de la favoriser. Je pense qu'il serait bien plus judicieux de partager ses propos.

Il a déclaré qu’il existe plusieurs façons de rassembler les religions .

Tout d'abord , sur le plan philosophique… théologiens et érudits peuvent se rencontrer et bien connaître leurs philosophies, religions, métaphysiques, etc., afin de ne pas se faire d'idées fausses sur ce qui inspire les autres. Bien sûr, des divergences subsisteront. [Par exemple,] une divergence majeure réside dans la question de savoir si nous considérons ou non l'existence d'un créateur, pour n'en citer qu'un. Mais il faut au moins bien se connaître et connaître authentiquement le contenu de ces croyances. La religion est un grand pas vers le respect mutuel.

La deuxième chose , dit-il, est d'être ouvert aux rencontres contemplatives. Je les ai accompagnés au monastère cartésien, où ils restent silencieux toute leur vie. Nous y avons passé deux heures, et ils ont parlé un peu pour nous. Au bout de ces deux heures, le Dalaï-Lama a demandé : « Comment priez-vous ? Que faites-vous quand les gens meurent ? » Et ainsi de suite.

Il disait donc que nous commençons par invoquer Dieu, puis que, finalement, cela devient plus abstrait et nous fusionnons avec l'absolu. À la fin, l'abbé dit : « Soit il y a eu une communication il y a 2 000 ans, soit une bénédiction est tombée du ciel. »

Voilà donc la deuxième voie.

La troisième voie est de faire un pèlerinage ensemble vers des lieux sacrés, qui sont très inspirants, car nous laissons alors nos bagages – nos idées préconçues, nos goûts et nos dégoûts – et, ensemble, nous essayons d’être inspirés par la puissance du lieu.

Il est donc allé à Jérusalem, [le Dalaï-Lama] à Lourdes, à Fatima, et il a visité de nombreux endroits similaires. Il a toujours voulu rencontrer des pratiquants vivants de ces traditions. Lorsqu'il est allé à Marbella… en Espagne, il a entendu parler d'un ermite dans la montagne, alors il a voulu le voir. Il est donc allé là-haut, et il était là, rayonnant d'amour, et il a dit : « Sur quoi as-tu médité toute ta vie ? »

Et il a dit : « Juste par amour. »

Le Dalaï Lama aime donc raconter ces histoires.

Il parle aussi souvent de la multiplicité de la vérité unique. Qu'entend-il par là ? Lorsque nous pratiquons une voie spirituelle, bien sûr, nous devons nous y consacrer entièrement. Or, nous ne pouvons pas simplement… essayer de coudre avec une aiguille à deux pointes. Si nous essayons de creuser pour trouver de l'eau douce dans un désert… eh bien, l'essentiel est d'atteindre l'eau claire, pure et fraîche en creusant sans cesse au même endroit. Si nous creusons dix puits à mi-chemin, nous n'obtiendrons pas d'eau. Ce genre de va-et-vient, ce supermarché de la spiritualité et de la religion, ne nous permet pas d'aller en profondeur. Nous devons donc nous engager pleinement.

Il dit : « Je suis bouddhiste, donc je suis la voie bouddhiste de tout mon cœur et de tout mon esprit. Mais, en même temps, je reconnais la validité de cette autre vérité unique pour les autres. Cela signifie non pas une séparation, mais un respect total. » La grande erreur, bien sûr, est de dire : « D'accord, c'est ma vérité et c'est merveilleux. Et, pour moi, il n'y a rien de plus élevé que cela, mais les autres ont tort, ou je devrais les amener à ma propre vérité. »

Cela nous permet de favoriser l'harmonie entre les religions, et il a toujours cherché à promouvoir cela. Personnellement, j'ai souvent rencontré des représentants d'autres religions et j'ai dialogué avec eux. Nous avons des échanges. J'ai des amis très chers, comme le frère David Steindl-Rast, qui a maintenant 95 ans, et par gratitude, nous sommes allés ensemble en randonnée en Patagonie. Nous nous sommes rencontrés dans de nombreux endroits, et c'était merveilleux.

Voilà donc mon humble expérience.

Maintenant, j'ai 78 ans. J'aspire seulement à arrêter de faire le clown et à retourner dans mon ermitage, à faire des traductions, à arrêter d'écrire des livres stupides et à faire de la pratique pour ne pas mourir à l'aéroport, mais je meurs en méditation, assis sur mon coussin. :)

Charles Gibbs : Merci beaucoup, Matthieu. J'apprécie votre engagement profond et l'acceptation de multiples expressions d'une même vérité. Au fait, d'après les photos de votre ermitage, je pense que vous avez probablement le meilleur « bureau à domicile » que j'aie jamais connu.

Matthieu Ricard : Eh bien, je ne suis pas [actuellement] dans mon ermitage. [Mon ermitage] fait trois mètres sur trois. Je suis juste [actuellement] hébergé à Thimphou, la capitale du Bhoutan, pour une nuit chez un ami proche. Mon ermitage fait neuf pieds sur neuf, et c'est parfait, mais j'ai 200 kilomètres d'Himalaya devant moi, donc je n'ai pas besoin de les louer. :) Ils sont juste là.

Charles Gibbs : Merveilleux.

Mantra préféré et une blague


Cynthia Li : Une dernière question, deux courtes. Avez-vous un mantra préféré en ce moment ? Et aussi une blague préférée ?

Eh bien, mon mantra préféré est : « Je n'ai besoin de rien. Je n'ai besoin de rien. Je n'ai besoin de rien. » Quand je le répète dix fois, je me sens tellement en paix. :)

Un jour, j'étais assis sur le balcon de mon ermitage et je me suis dit : « Imagine qu'une fée vienne me dire qu'on peut faire trois vœux, mais seulement pour des choses matérielles (pas pour atteindre l'illumination, etc.). » Alors j'ai réfléchi, réfléchi, réfléchi… encore une fois, mon ermitage fait trois mètres sur trois. Je ne peux pas y mettre grand-chose. Alors j'ai éclaté de rire.

Je n'avais vraiment besoin de rien, et j'étais tellement heureuse. C'est donc mon mantra préféré.

Quant à une blague, eh bien, je ne suis pas sûr. :)

J'ai réalisé avec un ami un recueil des histoires du mollah Nasreddin. J'adore ces histoires, et je peux vous en raconter une ou deux, très brièvement, car elles sont aussi très profondes sur le plan philosophique.

Alors, un jour, il est entré dans un salon de thé et il est allé directement au comptoir et a demandé au propriétaire : « M'avez-vous vu entrer ? »

Et le gars a dit : « Oui. »

« Mais », et il a dit, « mais est-ce que tu me connais ? »

Il a dit : « Non. »

"Alors comment sais-tu que c'est moi ?"

Il est donc rempli de cette sagesse.

Une autre fois, il est venu au village et a dit : « Le roi m'a parlé ! »

Alors tout le monde s'est dit : « Waouh ! Le roi. Le roi a parlé à Nasreddin. Ils ont dit : « Incroyable. » Ils ont été très impressionnés et, quelques jours plus tard, ils sont revenus. Ils ont dit : « Allons-y. » Vous devriez peut-être demander : « Qu'a dit le roi ? »

Ils vinrent donc trouver Nasreddin et lui dirent : « Que t’a dit le roi ? »

« Oh. Il a dit : « Écartez-vous de mon chemin. » »

[Rire]

Bref, il y a beaucoup d'histoires de ce genre. Nous en avons rassemblé une centaine. Je ne pense pas que ce soit traduit en anglais, mais on s'est bien amusés.

Cynthia Li : Merci. Merci infiniment pour votre sagesse, votre compassion et votre bonheur. C'est vraiment touchant. [...]

Matthieu Ricard : Un jour, je suis allé en Inde dans un asrham, et il y avait la couchette d'un Swami. Ils ne voulaient pas que j'y passe la nuit ; ils disaient que ce n'était pas un hôtel. Mais la couchette portait une très belle inscription : « Soyez bon. Faites le bien. » Je pense donc que c'est une excellente idée. Prenez soin de vous.

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COMMUNITY REFLECTIONS

6 PAST RESPONSES

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S A Alam Feb 20, 2025
Having read, the above details and also being enlightened about the factors, placing Finland on the top of list of happiest countries.Even though previously ignorant but in my fantasy I would visualise the same type of environment.
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Jaclyn Nov 15, 2024
There are many roads one can take to get somewhere and the way they choose is good for them .. their truth. I have no idea about their journey, so how can I say they are wrong because they did not take my path? This is my way of sharing that no belief is wrong... Nor is having no belief. I love how this was emulated in the article.
I like the ways to bring religions together with qualities.

Thank you and many Blessings to all!
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Shanthi Nov 14, 2024
Deeply reflected reflection and full of wisdom.
Thank you
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Anne Benson Nov 13, 2024
one small correction needed here in the transcript : " I went with them [to] the Cartesian monastery, where they don't come out for all their life." It was a Cistercian monastery. If Descartes had stayed in a Cistercian monastery without speaking or writing, several hundred animals would have escaped being tortured by his experiments to show they had no mind...
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Patrick Nov 13, 2024
Aho. #obscurity is blessing…
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bruce wendt Nov 13, 2024
Nothing is needed.
Everything simply is.