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La Vision Compatissante De sœur Cyril

Sœur Cyril montre comment les écoles de la classe moyenne peuvent intégrer les personnes défavorisées vivant à proximité dans leur système éducatif, pour leur bien commun. Ce portrait a été préparé lors de l'élection de Cyril Mooney au sein de l'Ashoka Fellowship en 1990.

La nouvelle idée

En tant que directrice de l'école Loreto, dans le quartier de Sealdah à Calcutta, sœur Cyril a pu réaliser nombre de ses rêves (et ceux des planificateurs nationaux) au sein de son établissement : elle a brisé la polarisation existante dans l'éducation indienne en réunissant les enfants des « bonnes écoles » avec ceux habituellement exclus du cercle privilégié, pour leur bénéfice mutuel. L'effet d'entraînement dont elle fait preuve – fondé sur la conviction que chacun reçoit pour donner – a contribué à transformer l'école en un centre de développement communautaire, plutôt que de rester une tour d'ivoire académique distante. Elle a également réussi à maintenir un taux d'abandon scolaire minimal parmi les enfants de milieux les plus divers – sur le plan scolaire, financier, et même culturel et religieux.

Ces réalisations démontrent un point important : comment le nombre d'enfants bénéficiant d'une école peut être augmenté sans coût supplémentaire pour la nation. Forte d'un exemple de réussite, Sœur Cyril souhaite maintenant structurer sa nouvelle méthodologie rentable afin qu'elle puisse être facilement adoptée par d'autres écoles. Dans la mesure de ses succès, elle contribuera à combler le fossé profond qui sépare les enfants privilégiés d'Inde de ceux nés de parents pauvres.

Peu après sa prise de fonction à la direction de l'école en 1979, Sœur Cyril a commencé à mettre en œuvre une stratégie de nivellement après l'autre. Le programme « Outreach », qui fait désormais partie intégrante du programme scolaire, prévoit des visites hebdomadaires dans les écoles de village par les élèves à temps plein de son école, à partir de la CM2. Là, dans une heureuse inversion des rôles, ils deviennent des « enseignants », tenant des registres pour chacun de leurs « élèves ». Les deux groupes progressent ensemble dans les classes. Le travail se poursuit pendant la mousson et un suivi systématique est assuré. C'est l'un des rares moyens pratiques et efficaces de rapprocher les jeunes des villes et des campagnes, désormais dans des mondes lointains.

Un système de « drop-in » par lequel les enfants des bidonvilles peuvent entrer à l'école à n'importe quel stade, l'utilisation des installations et des élèves de l'école pour enseigner aux enfants des rues chaque après-midi, le fonctionnement d'une simple bourse du travail, la formation de clubs de mères pour transmettre l'alphabétisation, les compétences génératrices de revenus et les connaissances sur la garde d'enfants, et la réorientation des règles et des structures qui faisaient que les enfants financièrement défavorisés se sentaient inférieurs sont d'autres éléments qui se renforcent mutuellement dans la magie de Sœur Cyril.

Le problème

Les profondes différences au sein de la société indienne se reflètent généralement dans le système scolaire et sont renforcées par celui-ci : si les jeunes pauvres sont scolarisés, c’est dans un lieu séparé et terriblement inégalitaire.

Une grande partie des investissements considérables de l'Inde dans l'éducation est consacrée aux établissements destinés aux élites et aux classes moyennes. Si ces établissements parvenaient à atteindre efficacement les enfants pauvres des environs et les écoles qui les accueillent, ils pourraient contribuer à combler les profondes inégalités sociales et les inégalités d'opportunités qui persistent en Inde.

Les obstacles à cette évolution sont considérables. La plupart des écoles estiment que leurs installations sont déjà surchargées. Parents et enfants craignent une dilution des efforts qui pourrait nuire à la réputation et au niveau de leur école, ainsi qu'à leurs résultats aux examens nationaux, qui ouvrent ou ferment leurs portes à l'avenir. De plus, les jeunes élèves seront-ils en sécurité ? Existe-t-il un risque de maladie ? Un tel programme surchargerait-il des enseignants déjà pleinement engagés ? Comment les écoles qui accueillent actuellement les plus démunis, que ce soit dans les villages ou dans un système municipal, réagiront-elles ? Comment créer une communauté scolaire cohérente à partir d'éléments aussi divers ? Même si un directeur décide de prendre en charge l'ensemble de cette tâche, son remplaçant sera-t-il aussi engagé ?

La stratégie

Un modèle opérationnel, surtout un modèle aussi vaste et performant que l'école Sealdah, est essentiel à la démonstration. Il est également nécessaire, en tant que laboratoire, de tester les développements ultérieurs du modèle. Par conséquent, bien que Sœur Cyril forme d'autres personnes à prendre en charge une part importante de son travail à l'école, elle s'engage à assurer son succès continu.

Cependant, le moment est venu de diffuser largement son modèle. Sa première étape dans cette direction sera de préparer un manuel pratique pour aider les directeurs d'école à réfléchir aux multiples problèmes auxquels ils devront faire face pour réorienter leurs établissements dans ce sens. Une fois ce manuel terminé, elle prévoit d'élaborer un programme de sensibilisation sociale et de développement communautaire qui, espère-t-elle, aidera les enseignants et les élèves à jouer leur rôle. Tout comme son école dispense des formations aux enseignants des environs, elle espère également produire des supports qui aideront d'autres écoles à jouer ce rôle.

Ces supports seront utiles, mais ils ne constituent en fin de compte que des supports pour l'objectif principal de Sœur Cyril : convaincre d'autres écoles de suivre son modèle. Elle a connu quelques succès initiaux mitigés à Calcutta. Elle doit maintenant s'adresser systématiquement à la grande variété de « bonnes » écoles du pays, qu'elles soient musulmanes, laïques, chrétiennes ou publiques.

La personne

Sœur Cyril enseigne depuis 1956. Elle a passé les quatorze premières années de sa vie à Lucknow, principalement à l'école intermédiaire. Au début des années 1970, marquées par des troubles en Inde, elle s'est installée à Calcutta. Quelques années plus tard, sa préoccupation pour les inégalités si manifestes autour d'elle s'est exprimée dans une exposition sur la justice sociale qu'elle a organisée. Elle a ensuite mené une enquête sur la santé et le bien-être des enfants de la région. Cette enquête a contribué au lancement ultérieur de l'Institut pour l'Enfance dans le Besoin, aujourd'hui une importante organisation de protection de l'enfance au service des enfants pauvres des bidonvilles et des villages.

Elle est devenue directrice de Loreto Sealdah en 1979 et a rapidement lancé les expériences qui ont fait de l'école l'institution extraordinaire qu'elle est aujourd'hui. Il y a dix ans, l'école comptait 730 filles inscrites ; elles sont aujourd'hui 1 300 – sans compter le nombre plus important d'enfants (et de mères) de la communauté, du village et des rues qu'elle et ses élèves fréquentent désormais.

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COMMUNITY REFLECTIONS

7 PAST RESPONSES

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Dr.Cajetan Coelho Jun 26, 2023
Respectful farewell. The late Sister Cyril Mooney was a nation-builder. May her tribe increase. In Paradisum Deducant te Angeli.
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Sister Helen Cameron, IBVM Jun 24, 2023
Sister M. Cyril Mooney, IBVM, died this morning, June 24, 2023 in India.
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Professor Jagdish P Dave Aug 7, 2011

Quite a teacher and quite an innovative program! We need such an approach in affluent  and developed countries like the USA. The gap between haves and have- nots is almost every where and everyone suffers, more the have- nots. Yes. One person with a heart and vision can bring about a great change. Others like us can and should join, support and be the change agent.

Jagdish P Dave

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Annegret Aug 7, 2011

im sad to have to say this- but what about the abuse dished out in the name of the catholic faith- will the sister speak out against the perpetrators/

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truthon Aug 7, 2011

This is original thinking.  The idea of the "Outreach" program is a superb example of going beyond that which is ordinary and customary.  It's a great program to support.

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Allenjohannes Aug 7, 2011

Sister is  following in the footsteps of another great Loretto Nun Mother Teresa

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Mimamakitty Aug 7, 2011

A total inspiration is what Sister Cyril is and what our world needs more of.